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Publié par CALISTO

Suite à mon billet publié sur mon blog ainsi qu'au ceur du magazine culturel Rictus link, je vous propose de partager la réponse de l'un de mes fervents lecteurs...

 

 

CALISTO,

      

             J’ai vu Melancholia hier soir, très très beau film, aux images « époustouflantes » et à la suite de ton billet dans Rictus, je te propose de voir dans les deux parties du film deux images inversés, deux mondes inversés.


L’incipit dévoile déjà tous les thèmes du film dans des visions oniriques ou fantastiques des plus puissantes.


La première partie, Justine expose la montée de la mélancolie, le détachement du monde, la distance prise vis-à-vis de l’autre montée ici par la dérobade, l’inconsistance ou le rejet de chacun des membres de sa famille, mari, père, mère, employeur aux valeurs honnies,  hormis sa sœur Claire qui restera centrale dans une attention ou un soin.


Le ralentissement gagne, elle ne pourra même plus enjamber le rebord de la baignoire. On pourrait relever bien des éléments marquant ce rien, cette perte de valeur, ce désinvestissement. Freud a écrit dans un raccourci saisissant « l’ombre de l’objet est tombée sur le moi ». L’objet, perdu, manquant, mort… est introjecté, ou on a pu dire que le moi s’est identifié à cet objet, a retourné toute l’agressivité non exprimé envers l’objet sur le moi… C’est le soleil noir de la mélancolie qui est à l’intérieur.

 

La seconde partie, « Claire », par un procédé de représentation propre au cinéma, va propulser cet intérieur dans une extériorité qui peut être mise en image. Tout se retourne, l’ombre interne, le soleil noir, la cruauté dévorante sont projetés dans cet astre inquiétant. La seconde partie montre une nouvelle fois la mélancolie de Justine, mais dans une forme extériorisée, que tous vont partager dans un monde qui restera très restreint au cercle très étroit de sa sœur, beau-frère et neveu. On voit alors Justine dans son monde inversé se rapprocher de ce qui devient la seule issue, elle rayonne de plus en plus dans un calme grandissant avec la proximité de l’épicentre, et dont tu as souligné l’image fabuleuse de l’exposition de son corps à l’éclat de la nuit. Le thème de fin du monde accompagne naturellement cette proximité avec la solution, y embarquer ses proches est même la preuve d’un altruisme nourri de l’amour le plus indétachable. Les instruments sont simplissimes : verge pointée, appuyée sur le cœur pour cerner le rétrécissement de son champ de perception inversement proportionnel au grossissement apparent de la planète, cabane magique ouverte à toute les menaces où l’on se tient en cercle la main plutôt que le scénario minable de consommer un « dernier verre » sur la terrasse.

 

Le thème est plus pathétique, surtout plus profond qu’une histoire de verre du condamné qui gouterait un dernier plaisir de l’existence. L’existence n’est pas construite autour du plaisir, de la tension vers le plaisir mais d’un autre ineffable. La danse avec la mort est schématisée par une courbe erratique, le rapprochement d’avec l’astre semblant inéluctable malgré une fallacieuse embellie.


Justine au fur à mesure qu’elle se rapproche de la certitude de son destin, de l’anéantissement salvateur qui n’annonce pourtant pas de jour nouveau, d’ève future, rayonne d’une quiétude intense, dense.


La fin réalise les visions prophétiques du début. Le déploiement interne de la mélancolie est chez Lars von trier plus génialement représenté que dans la gravure de Dürer où cette lumière noire éclaire les objets de la connaissance."

 

 

Merci de cet échange, cher Actéon.

 

CALISTO

 

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