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Publié par CALISTO

Elle marque le paysage de l'art contemporain depuis les années 70. Figure incontournable de la performance, Marina Abramovic émeut, fascine, irrite aussi parfois. Portrait d'une artiste engagée que j'admire :

 


Née en 1946, en Serbie, Marina Abramovic est un précurseur de l'art performatif, pour avoir mis en scène son corps, dès les années 1970. Deux ans après l’exposition historique de Marina Abramovic au MoMA*, The Artist Is Present, le documentaire réalisé à cette occasion, fait le tour du monde, sélectionné et primé à Sundance, au festival de Berlin, au FILA à Perpignan pour n’en citer que quelques uns.  Sorti en salles ce mercredi, le film propose une expérience de face à face époustouflante (source : http://toutelaculture.com/2012/12/marina-abramovic-the-artist-is-present-enfin-en-salles/)

 

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Au printemps 2010, The Museum of Modern Art de New York organisait une grande exposition dédiée à Marina Abramovic, avec une cinquantaine d’œuvres environ, qui ponctuaient quarante années dans le champ de la performance et de l’art contemporain. Des pièces sonores de ses débuts, des vidéos, des installations, de la documentation liée à ses performances solo ou en collaboration avec Ulay. Le projet allait faire date à plus d’un titre. Il s’agissait tout d’abord de la première rétrospective d’une telle envergure concernant la performance, art resté longtemps en marge de l’institution muséale. Cet événement n’a pas tardé également à enflammer les esprits et à attiser les polémiques dans le monde de l’art : Marina Abramovic allait transmettre quelques unes de ses performances historiques (Imponderabilia, Luminosity…) à de jeunes performeurs. Des voix se sont levées, criant à la trahison du concept même de performance, art nécessairement éphémère, lié à l’ici et au maintenant de sa réalisation. Des rumeurs ont commencé à circuler sur le traitement que les 36 jeunes performeurs ont du subir lors du mois de préparation en vue de l’exposition. Il s’agissait finalement d’un pari insensé : l’artiste s’attelait à réaliser la plus longue performance de l’histoire de l’art – être là, installé sur une chaise dans l’atrium du musée, dans un carré de lumière presque trois mois, jour après jour, durant les horaires d’ouverture du musée : The Artist Is Present, le titre de l’exposition reprend avec une grande économie de moyens l’idée force du travail de Marina Abramovic.

Le documentaire, tourné par Matthew Akers, reprend ce même titre et s’évertue avec les moyens du cinéma de rendre accessible cette présence aux spectateurs plongés dans les salles obscures. Construit sur le motif du compte à rebours, le film nous entraine dans l’excitation des mois qui précédent l’exposition. L’artiste est au travail, les idées se mettent en place, la caméra surprend des doutes, des hésitations, des moments de véritable échange avec Klaus Biesenbach, organisateur de l’exposition et curateur en chef du PS1 au MoMA ou avec Sean Kelly, le galeriste de Marina Abramovic. L’arrivée et l’installation des œuvres dans les espaces du musée sont autant d’occasions de revenir sur le parcours prolifique de la performeuse, de puiser dans les archives et d’intégrer dans le corps du film des séquences qui ont marqué l’histoire de l’art contemporain.

Le portrait, vivant et alerte, de l’artiste se tisse ainsi par à coups, en évitant l’écueil d’une réification de celle qu’on a pu appeler la Diva, mais aussi la Grand-mère de la performance, en deçà de toute lourdeur trop érudite ou pédagogique. Le réalisateur n’évoque pas un mythe, mais une personne en chair et en os, qui porte un regard sans concession sur son enfance. Fille d’un héros de la révolution communiste de Tito en Yougoslavie, dont l’éducation a relevé d’une discipline militaire, Marina Abramovic sait se prendre en dérision, cède parfois  à l’émotion quand il s’agit de revenir sur les années incandescentes de vie et de création avec Ulay (les périples à travers l’Europe dans une camionnette, les performances radicales dans lesquelles ils s’entrainaient réciproquement, leur dernière rencontre sur la Muraille de Chine au bout de 90 jours de marche pour mettre un terme à leur relation).

La force charismatique de Marina Abramovic est immense. Matthew Akers pose enfin ses caméras dans l’atrium du MoMA. La performance commence. Le pari est tellement insensé que personne, à l’exception de l’artiste – qui a aussi ses moments de doute et de faiblesse – ne sait exactement à quoi s’en tenir. Une première version de la série de performances Nightsea Crossing, imaginée dans les années 80 sur un principe assez proche, s’est achevée brutalement alors qu’Ulay était interné aux urgences après plusieurs jours de jeûne et d’immobilité, en position assise. Il est troublant de mettre ces deux projets en parallèle : la table qui séparait les deux performeurs s’est rétrécie, devenue simple pupitre, elle va d’ailleurs disparaître, comme une barrière qui aurait perdu sa nécessité au cours de la performance. L’un des protagonistes a également disparu, sa place laissée vacante est offerte aux visiteurs du Musée, qui peuvent rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Certains sont d’ailleurs revenus des dizaines de fois. C’est surtout le sens profond de l’invitation qui a beaucoup changé. Ce que l’artiste offre en toute simplicité est  extrêmement précieux. Il s’agit tout d’abord d’une occasion de se poser, pour un temps indéfini, ouvert. Elle lève ensuite son regard, porté sans jugement, avec douceur et curiosité. Beaucoup y trouvent une invitation à faire un point sur leur vie, à revenir à soi et ressentir posé sur soi un regard concerné comme peut l’être celui de parents ou de proches absents.

Le bouche à oreille, la critique spécialisée, la presse parlent à tour de rôles d’une icône miraculeuse, d’une star médiatique, d’un phénomène de masse. Pendant 721 heures, la performance a pu prendre toutes ses dimensions. Pourtant, le secret de l’artiste que le documentaire veut partager, semble très simple. Marina Abramovic se nourrit de ce que les personnes lui offrent dans leur regard et sur leurs visages. Elle se contraint à vivre chaque instant au plus près du présent, dans chaque échange elle est entièrement là. The Artiste Is Present, tout est dit, ou presque. Ce qui se joue est en deçà des mots. Les images réussissent à préserver et transmettre une partie de la force de cette expérience. Les gens éclatent en larmes, parfois des sanglots les saisissent, devant ce roc de calme et de conviction qui leur tend un troublant miroir. Et dans le noir rassurant de la salle de cinéma, la puissance de la proposition continue à remuer des choses indicibles. The Artiste Is Present est un film dont le regard se tourne résolument vers nous.

 

 

* L’exposition Marina Abramovic: The Artist Is Present s’est tenue au  MoMA à New York du 14 mars au 31 mai 2010.

 

 

 

 

 

 

 

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