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Le Blog de Magali Croset-Calisto

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Ecrivaine, sexologue clinicienne et psychoaddictologue. SOS Addictions, SFSC, AIUS, Académie des Sciences sexologiques. Rédactrice au Huffington Post, L'Obs, ActivMag, Mediapart. http://www.psycho-sante74.com


La Sexologie à Genève : dossier et histoire

Publié par CALISTO, écrivaine et sexologue sur 3 Avril 2013, 22:13pm

Catégories : #Sexologie

 

Informations d'intérêt public, donc sexologique...

 

Dossier special Sexo : "le Plaisir" 

(publication de l'Université de Genève) : www.unige.ch/presse/campus/pdf/c81/dossier.pdf

 

 

 

La sexologie, une histoire genevoise :

 

Georges Abraham compte parmi les pionniers de la sexologie moderne. Cofondateur de la première unité universitaire de sexologie européenne, il a largement contribué au rayonnement dont Genève bénéficie depuis plus de quatre décennies dans ce domaine. Genève tient une place particulière dans l’histoire de la sexologie contempo- raine. Première ville d’Europe à avoir mis sur pied un enseignement universi- taire structuré en matière de sexologie clinique en 1970, elle accueille depuis 1990 le siège de la Fédération euro- péenne de sexologie. Régulièrement consultés par des instances internationales, ses chercheurs ont par ailleurs tenu un rôle important dans l’adoption par l’OMS, en 1974, de la première définition générale de la «santé sexuelle»*. Deux hommes incarnent plus particulièrement cette réussite: Willy Pasini, qui poursuit aujourd’hui sa carrière au sein de l’Université de Milan, et Georges Abraham qui, après avoir longtemps enseigné à Genève, à Marseille et à Turin, profite aujourd’hui de sa retraite académique. Deux chercheurs qui ont profité d’un concours de circonstances plutôt singulier. Le 6 juin 1970, lorsque s’éteint Maurice Chalumeau, homosexuel fortuné ne laissant aucun héritier, Willy Pasini et Georges Abraham sont loin de se douter que cet événement va radicalement modifier le cours de leur existence.


Souhaitant témoigner de sa reconnaissance à William Geisendorf, doyen de la Faculté de médecine et promoteur du planning familial à Genève, le vieil original choisit de léguer près de 4 millions de dollars à l’Université dans le but de créer un centre d’étude sur les «minorités érotiques».


Un «mini-rapport Kinsey» Un peu farouche, l’alma mater hésite à se lancer dans l’entreprise, mais elle finit par céder aux arguments du professeur Geisendorf, lequel avance que pour tenter de mieux comprendre les minorités sexuelles, il faut d’abord apprendre à connaître la réalité vécue par la majorité. C’est ainsi que naît l’unité dite «psychosomatique et sexolo- gique», qui ne connaît alors pratique- ment pas d’équivalent, si ce n’est sur le continent américain. En plus des consultations, mandat lui est confié de mettre sur pied des projets de recherche, ainsi qu’un cursus d’enseignement académique.


Jeune assistant dans le service du docteur Gaston Garrone, alors directeur du Département de psychiatrie, Willy Pasini se porte volontaire pour participer à l’expérience. A ses côtés, Georges Abraham dispose d’une expérience de huit années à l’Hôpital psychiatrique de Malévoz en Valais. Dans ce cadre, le psychiatre a notamment eu l’opportunité d’effectuer une sorte de «mini-rapport Kinsey», en s’intéressant à la vie sexuelle de patients internés durant de longues périodes. «Infirmiers, infirmières, nonnes, patients: tout le monde a participé à l’expérience avec une certaine désinvolture, explique le professeur. Ce qui m’a permis de rassembler un nombre conséquent d’informations sur ce sujet encore largement méconnu.» Ce premier travail scientifique, plutôt novateur pour l’époque, est très bien reçu par la communauté scientifique. Il offre à Georges Abraham une notoriété que confirme bientôt un premier ouvrage publié à Paris et intitulé Sexologie clinique (Douin, 1967). "Psychiatre de formation, je n’avais pas de vocation particulière pour la sexologie, commente le professeur. L’idée est venue comme ça, par une sorte d’intuition. Et c’était le bon moment." C’est donc assez naturellement qu’il se voit proposer de participer au projet genevois.

 

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Commis voyageurs.

«Durant les premières années, Willy Pasini et moi sommes devenus des sortes de commis voyageurs de la sexologie, se souvient le professeur. Nous passions énormément de temps à l’étranger, car nous avions tout à apprendre à cette époque-là.» Pour donner davantage de corps aux recherches et à l’enseignement progressivement mis sur pied à Genève, le duo de chercheurs commence par arpenter les Etats-Unis qui disposent en la matière comme en d’autres d’une bonne longueur d’avance sur le Vieux Continent. A New York, Georges Abraham et Willy Pasini côtoient l’ancienne psychanalyste Helen Kaplan.

 

 En Californie, ils visitent différents centres menant des études comportementalistes, tandis qu’à Saint-Louis, ils profitent des lumières du célèbre couple formé par le gynécologue William H. Masters et sa femme Virginia Johnson, psychologue de formation. La méthode est fructueuse. Hors des Etats-Unis, les deux chercheurs font bientôt figure de spécialistes. On les demande un peu partout, en Amérique latine, en Asie, en Europe.

 

«A la manière de missionnaires, nous promenions notre bâton de pèlerin pour répandre la bonne parole, s’amuse Georges Abraham. Mais, contrairement à des gens comme Kinsey dont le but avéré était de libérer la sexualité de toute forme d’oppression, notre objectif consistait surtout à conforter la sexologie en tant que discipline médicale à part entière. Car à cette époque, les facultés de médecine jugeaient généralement que ces questions n’étaient pas dignes d’un grand intérêt.» Cultivant l’art de se trouver au bon endroit au bon moment, l’équipe genevoise est appelée à la rescousse pour organiser le premier Congrès mondial de sexologie qui se tient à Paris en 1974. Dans la foulée, ils participent également au deuxième, qui se déroule au Canada. C’est l’occasion de nouer des contacts durables avec une région également pionnière en matière de sexologie et en particulier avec l’équipe du professeur Jean-Yves Desjardins, prêtre défroqué et docteur en psychologie devenu le premier directeur du Département de sociologie de l’Université du Québec au tout début des années 1970.

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Raviver la flamme «Au moment où Simone Weil à été nommée ministre de la Santé, elle a envoyé des recommandations aux différentes universités françaises afin qu’elles mettent sur pied des cours de sexologie à destination des jeunes médecins, complète Georges Abraham. Peu de facultés ont réagi à l’époque, mais celle de Marseille a mordu à l’hameçon. Comme ils manquaient terriblement d’expérience dans ce domaine, ils se sont également tournés vers nous pour mettre sur place un cursus. J’ai ensuite donné ces cours pendant une dizaine d’années, avec des élèves comme l’éthologue Boris Cyrulnik ou Robert Porto, l’actuel président de la Fédération européenne de sexologie.»

 

C’est d’ailleurs à Genève, et à l’initiative du docteur Pasini, que cet organisme qui rassemble une cinquantaine de sociétés scientifiques voit le jour en 1990 confir- mant une nouvelle fois le rôle moteur joué par «l’école» genevoise. «Ces dernières années, la sexologie genevoise a peut-être connu un petit passage à vide, comme cela se produit souvent avec les fins de règne,conclut Georges Abraham. Mais l’arrivée du professeur Bianchi-Demicheli en octobre dernier confirme que la flamme n’est pas morte. C’est à lui qu’il revient de la raviver.» ■

 

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* En 1974,se tient à Genève le Symposium international de l’Organisation mondiale de la santé.Il réunit des sexologues et des experts en santé publique autour de l’enseignement et des thérapies sexuelles.Outre une proposition visant à faire de la sexologie une discipline autonome,les participants s’entendent pour définir la notion de santé sexuelle comme «l’intégration des aspects somatiques,affectifs,intellectuels et sociaux de l’être sexué de façon à parvenir à un enrichissement et à un épanouissement de la personnalité humaine,de la communication et de l’amour».

 

La sexologie genevoise, fruit de la passion et du hasard
Campus_81_OKdefOK_Arp 14.6.2006 13:26 Page 25
recherche dossier extra-muros étudiants actualités sexologie
Campus N° 81

 

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