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Publié par Magali Croset-Calisto, écrivaine et sexologue

 

La French infidélité

Le mois dernier, diverses façons d’aimer et de vivre son couple furent exposées dans ma rubrique Sexo du Magazine ACTIVES*. Cependant, au-delà des diversités évoquées, il apparaît que le thème de l’infidélité traverse toutes les catégories de couples, sans exception aucune. Alors que les relations extraconjugales s’affichent de plus en plus, l’infidélité reste un réel problème à gérer au sein des couples et demeure l’une des premières causes de rupture en France. Décryptage.

 

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Retrouvez aussi ma rubrique "Sexo by Calisto" en page 12

d'ACTIVES Magazine de juin 2014 sur : http://www.activesmag.fr/

 

Les Français de moins en moins fidèles ?

Selon les propos du psychiatre et sexologue Patrick Blachère*, la société française affiche une banalisation incontestable des comportements extraconjugaux. Plus qu’ailleurs en Europe, l’infidélité française tend à devenir une véritable norme sociétale. En effet, dans un sondage IFOP datant du 21 janvier 2014, plus d’un homme sur deux (55%) et une femme sur trois (32%) admettent avoir été infidèles au moins une fois au cours de leur vie. Dans un autre sondage récent, plus d’un français sur trois se déclare être en train de vivre une relation extra-conjugale. A considérer l’essor des adultères ainsi que le nombre de personnes en consultations, l’infidélité n’en est pas pour autant devenu un événement facile à gérer. Car malgré sa banalisation, force est de constater que l’adultère provoque toujours une souffrance réelle auprès du compagnon ou de la compagne demeuré fidèle. Des mots tels que « victime », « trahison », « humiliation » surgissent dans le discours de « l’offensé ». La crise de couple n’est pas loin… et la rupture s’ensuit dans la majeure partie des cas. Alors comment et pourquoi une infidélité peut-elle encore tout faire basculer ?

 Quand l’infidélité questionne les liens du couple

Comme le souligne Patrick Blachère, au-delà des premières années de romance, il ne reste bien souvent plus grand-chose à un couple qui s’est construit sur des sentiments uniquement fusionnels : « Nous pourrions presque dire, de façon provocatrice, que le danger pour le couple ne vient pas de la fidélité ou de l’infidélité conjugale, mais tout simplement de la fragilité des liens qui unissent le couple au-delà de la relation amoureuse** ». Aussi, avant d’étudier le pourquoi d’une infidélité, il serait judicieux de se (re)poser la question des liens et de la solidité de son couple : « Suis-je épanoui dans mon couple ? Mon compagnon l’est-il ? Mon couple est-il un frein à mon épanouissement ou pour celui de mon partenaire, quelle est la nature des liens qui nous unissent ? **» Ainsi , au-delà des seuls émois amoureux, les bases d’une relation à long terme nécessitent d’autres formes de liens et de partages positifs entre compagnons de vie.

 Accepter l’idée ou la réalité d’une infidélité

Par ailleurs, les couples qui se sont construits en vue de pallier une insécurité vécue dans l’enfance ou encore ceux qui exigent un attachement exclusif à tous niveaux, s’avèrent plus exposés et risquent donc de voir leur confiance et leur fidélité mise à mal au fil des années. Car ces modes de fonctionnement ne peuvent envisager d’autres expériences que celles du couple lui-même. D’où ce sentiment de peur et d’abandon, cette impression de sol qui s’écroule, lorsque l’un des deux partenaires déclare être allé voir ailleurs. Comme le déclare l’écrivain Pascal Bruckner, « la folie est de vouloir tout concilier, le cœur et l’érotisme, l’éducation des enfants et la réussite sociale, l’effervescence et le long terme ***». Faudrait-il donc que le couple s’émancipe de la question extraconjugale et contourne les effets de l’infidélité (jalousie, exclusivité possessive, sentiment d’abandon) pour qu’il puisse durer ? A vrai dire, il apparaît souvent en consultation que les couples qui « tiennent bon » sont ceux qui ont assimilé la possibilité d’une infidélité sans que cela remette forcément tout en cause. Pour ce type de couples construit sur des bases et centres d’intérêts pluriels, les liens de leur union se situent avec  mais aussi au-delà du désir et de la sexualité. Cette conclusion fut à l’origine de l’émergence d’une nouvelle pratique de vie de couples en France ces dernières années. Celle du polyamour. Laquelle je vous présenterai, c’est promis, dès le mois prochain.

  

 Par Calisto, sexologue clinicienne

Notes :

 * Sexo by Calisto, Dis-moi quel est ton couple… ACTIVES Magazine, avril 2014, à retrouver aussi sur Le blog de Calisto  Dis-moi quel est ton couple... Rubrique "Sexo by Calisto" ACTIVES Magazine, mai 2014

** Patrick Blachère, Sexualités humaines n°21, Revue de sexologie des professionnels de santé, avril-juin 2014, p34-45.

*** P. Blachère, Sexualités humaines n° 21, avril-juin 2014, p38-39

**** Pascal Bruckner, Le mariage d’amour a-t-il échoué ? Grasset, 2010, p62

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