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Publié par CALISTO

J'ai rencontré Esther Pérel (sexologue, star de la "thérapie de couple" vivant à New-York depuis plus de 20 ans) au mois de novembre 2012, à Genève. Une rencontre totalement détonante! Sa maîtrise réthorique, son style "open minded", la modernité de son discours tant de forme que de contenu, donnent de la psychologie de couples en général et de la sexologie en particulier, une approche tout à fait pertinente et engagée de la sexualité.

 

Quand on apprend qu'elle fonde son paradigme sur les écrits du grand poète mexicain Octavio Paz avec son livre la Flamme Double, (Octavio Paz était d'ailleurs l'amant de l'artiste surréaliste  Bona de Mandiargues à laquelle j'ai consacrée ma thèse de doctorat  "Bona, l'art et la littérature : les enjeux d'une péotique du fil"), l'envie de se plonger dans ses écrits et sa pratique thérapeutique n'en devient que plus incontournable.

 

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En guise d'introduction, quelques mots issus d'une de ses interventions en France :

Esther Perel : les couples ont besoin d'air

(source: http://www.psychologies.com/Couple/Sexualite/Desir/Articles-et-Dossiers/Les-caprices-de-notre-desir/Esther-Perel-les-couples-ont-besoin-d-air)

 

La psychothérapeute Esther Perel met en garde les couples trop proches, trop amoureux ! Car, dit-elle, « l’érotique exige de la distance ».Violaine Gelly

 

 

Née en Belgique, c’est à New York que, depuis vingt-cinq ans, cette psychothérapeute exerce. Ouverte à toutes les communautés linguistiques – elle parle neuf langues – elle est spécialisée dans les problèmes de couples liés à la mixité.Son site : www.estherperel.com

 

Psychologies : Amour et désir sont-ils étroitement liés ?

Esther Perel : On a toujours tenté de nous faire croire qu’ils vont de pair, qu’ils croissent et décroissent ensemble. Mais je vois de plus en plus de couples qui s’aiment, qui s’entendent à merveille et qui n’ont plus envie de faire l’amour. C’est d’autant plus douloureux qu’ils peuvent parfois ressentir du désir pour un tiers et qu’ils ne comprennent pas pourquoi ce désir s’allume pour un étranger, et pas pour celui ou celle qu’ils aiment. Ils sont en souffrance parce qu’ils ont cru, justement, que l’amour garantissait le désir. Mais ses règles et celles de l’amour sont différentes. L’amour fonctionne dans la sécurité, le connu; le désir se déploie dans la surprise, dans l’inattendu, dans l’incertitude. Les couples qui conservent leur désir sont ceux qui arrivent à ne pas considérer l’autre comme acquis. Là où l’amour réclame de la proximité, l’érotisme exige de la distance.

Pourquoi cette attitude chez les couples d’aujourd’hui ?

Tout l’idéal romantique repose sur l’idée d’une personne unique à qui l’on peut tout dire et dont on peut tout attendre. Nous lui demandons ce que nous donnait, auparavant, un village entier. Les besoins d’intimité étaient alors répartis, ils ne reposaient pas sur une seule personne qui nous aurait libérés d’une solitude existentielle. Aujourd’hui, nous recherchons dans le couple la passion amoureuse, la sécurité affective, la respectabilité sociale et l’érotisme… L’érosion du désir prend sa source dans cet isolement affectif à deux. C’est dans l’espace que vit le désir.

D’où provient un tel manque de distance ?

Du besoin de sécurité. Pour apprivoiser les menaces de l’extérieur et notre propre peur, nous nous réfugions dans la proximité. Mais si l’amour se nourrit de la proximité, le désir, lui, réclame de la distance, de l’altérité. Le désir est la force vitale qui nous fait vivre. Chez l’enfant, cette force commence par une envie de découverte, d’exploration. C’est la nouveauté, la curiosité, le besoin d’aventure. Si les parents étouffent cette envie, ils étouffent la vie même. Dans le couple, c’est pareil : le désir ne passe pas uniquement par le sexe, il se construit sur cette envie renouvelée de partir à la découverte de l’autre. « Si je suis collé contre toi, je ne peux rien voir de toi, rien avoir envie de découvrir, rien désirer. » Les couples d’aujourd’hui n’ont pas besoin de feu, ils l’ont. Mais pour vivre, le feu a besoin d’air…

C’est pourquoi certains retrouvent du désir lorsque leur partenaire en désire un ou une autre ?

Bien sûr. En désirant un autre homme ou une autre femme, il remet de la distance. D’autant que l’adultère met en route l’un des grands moteurs du désir : le regard de mon partenaire sur quelqu’un d’autre est érogène parce qu’il faut que je me batte pour, de nouveau, être choisi. Parce que ce qui ravive le désir c’est, entre autres, la peur de la perte. Les fantasmes de notre conjoint(e) sont la preuve qu’il est libre et qu’il possède une individualité irréductible. C’est effrayant. Dans de justes proportions, la jalousie, la peur de perdre l’autre et l’incertitude sont des aphrodisiaques puissants.

Pourquoi est-ce si difficile d’entretenir le désir sexuel ?

Pour plusieurs raisons. Parce que réconcilier notre besoin de sécurité avec notre besoin d’aventure, à l’intérieur d’une même relation, est paradoxal. Parce que le désir contient des émotions qui menacent l’amour : la jalousie, l’agressivité, la pulsion animale, pour n’en citer que quelques-unes. C’est la peur qui nous empêche de nous dévoiler devant la personne dont on dépend tant. Parce que nous sombrons dans la complaisance, oubliant que le désir et l’érotisme se cultivent, sinon ils s’estompent. Enfin, parce que tout notre désir n’est pas tourné vers notre partenaire, mais vers l’extérieur : le travail, les amis, les enfants. Regardez les efforts que nous sommes capables de faire pour voir des amis ! Et regardez comment nous cajolons nos enfants, comment nous les soutenons, comme nous sommes toujours à la recherche de ce qui pourrait leur faire plaisir… Nous jouons avec eux, nous les embrassons, nous les caressons… Si l’on accordait la moitié de cette attention à notre partenaire, le désir ne s’émousserait pas !

Relancer le désir n’est donc pas juste une question d’érotisme ?

Le sexe a toujours existé sans désir : parlez-en aux générations de femmes qui ont toujours fait l’amour par devoir ! Mais la question ne se posait pas de la même façon. Elles étaient investies, par la société, par l’église, par la famille, d’un unique mandat : faire des enfants. Aujourd’hui, il n’y a plus ni injonction de devoir, ni obligation de reproduction. Nous sommes passés à un modèle conjugal où le rapport sexuel est uniquement ancré dans un désir sexuel qu’il faut cultiver, entretenir, séduire, anticiper.

Si le désir repose sur le manque, peut-on désirer longtemps ce que l’on a ?

Bien sûr que non… Mais qui sommes-nous pour croire que l’autre nous appartient ad vitam aeternam ? C’est la seule question à se poser.

Trois exercices pour faire le point par Esther Perel

A lire : L’Intelligence érotique : faire vivre le désir dans le couple d’Esther Perel

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Dans ce livre utile, la thérapeute de couple interroge nos histoires personnelles, mais aussi les petites cases que nous impose la société et dans lesquelles il nous faut entrer. Un essai gai et déculpabilisant, publié dans vingt-cinq pays (Robert Laffont, 312 p., 20 €, 2007).

 

Exercice 1:

Demandez-vous quelles sont les situations où les moments dans lesquels vous vous sentez le plus attiré par votre partenaire. Votre réponse devrait vous prouver que ce sont ceux où vous le regardez comme une personne à part entière, pas rattachée à vous. C’est dans cet espace entre vous deux, dans cette altérité, que se trouve votre désir.

 

Exercice 2:

Prenez une feuille, divisez-la en deux verticalement, et notez à gauche : « Quand je pense à l’amour, je pense à… » ; à droite : « Quand je pense au sexe, je pense à… » Notez quels mots, images, associations vous viennent à l’esprit. Ils sont d’ordre différent selon la colonne ? Demandez-vous ce que cela signifie pour vous.

 

Exercice 3:

Créez une adresse de messagerie électronique et écrivez à votre partenaire comme s’il était parti en voyage. Entamez une vraie correspondance. Le courriel donne une distance, un espace ludique, un faux anonymat, qui permet de se montrer sous un visage différent de celui avec lequel on a quitté la cuisine ce matin. Demandez-vous quelles sont les situations ou les moments dans lesquels vous vous sentez le plus attiré par votre partenaire. Votre réponse devrait vous prouver que ce sont ceux où vous le regardez comme une personne à part entière, pas rattachée à vous. C’est dans cet espace entre vous deux, dans cette altérité, que se trouve votre désir.

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