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Publié par CALISTO, écrivaine et sexologue

Par-delà leur utilisation en sexologie (dysfonctions érectiles, dyspareunies, éjaculations prématurées, addiction sexuelle...), les thérapies cognitivo-comportementales, plus connues sous l'acronyme TCC, font également leurs preuves dans les centres d'addictologie en France depuis de nombreuses années. Voici un exemple d'approche thérapeutique pour  comprendre les mécanismes et traiter au mieux une addiction sans substance. Il s'agit des jeux en ligne, une addiction de plus en plus diagnostiquée dans notre société.

 

Jeux de hasard sur internet, comment on devient accro.

Marc Olano, article publié le 6 juin 2014

Loterie, jeux de grattage, paris sportifs, poker… Un Français sur deux joue au moins occasionnellement à des jeux de hasard et d’argent. Un passe-temps bénin pour la plupart. Mais certains développent des pratiques excessives, particulièrement via Internet.

 

 

V incent, commercial, la trentaine, a fait un jour un pari improbable en misant sur un club de football modeste. Le lendemain, il apprend qu’il a gagné 700 euros. Encouragé par cette réussite, il enchaîne alors les paris. « Au début, j’avais le sentiment d’avoir trouvé un passe-temps original. Mais peu à peu, j’ai commencé à perdre. Seulement, plus je perdais, plus j’avais envie de me refaire. » Progressivement, Vincent investit davantage de temps et d’argent dans le jeu: «  J’étais tout le temps en alerte. En faisant les courses, je suivais les résultats sportifs sur mon portable. Je me levais la nuit pour parier. J’évitais de faire venir mes amis, car j’avais peur de rater des paris. Quand il y avait du monde à la maison, je m’enfermais dans les toilettes pour suivre les résultats. Les gens ne me comprenaient plus. »


 

Vincent est « un joueur excessif ». Dans le DSM-5, la dernière édition du manuel qui diagnostique et recense les troubles mentaux (voir dossier dans le Cercle Psy n°9), cette pratique a fait son entrée au sein des addictions comportementales(1). Auparavant, elle figurait parmi les troubles du contrôle des impulsions. Comment expliquer ce revirement? Selon Marc Valleur (2), médecin-chef à l’hôpital Marmottan, à Paris, c’est le regard porté sur les addictions qui a évolué: «  Aujourd’hui, la frontière entre ce qu’est une drogue et ce qui ne l’est pas est remise en question. On s’aperçoit que nombre de conduites, donnent lieu à des dépendances. » La première description de l’addiction au jeu remonte à la Renaissance. En 1561, le médecin flamand Pâquier Joostens publie un ouvrage intitulé Du hasard ou du traitement de la passion pour l’argent du jeu. Il y évoque déjà le terme de « maladie » en parlant des fervents adeptes du jeu. Au début du XXe siècle, la psychanalyse s’empare du sujet. Le psychanalyste américain Edmund Bergler parle d’une régression orale, d’un retour à la toute-puissance du tout-petit qui pense pouvoir commander son destin. L’analyste Otto Fenichel évoque le terme de « névrose impulsive ». D’après lui, le joueur est prisonnier d’une pratique qui le rassure et qui en même temps l’angoisse.


Une migration sur Internet


Si pendant longtemps les joueurs problématiques restaient confinés dans des casinos ou autres lieux publics, l’avènement d’Internet, et la légalisation de certains jeux en ligne avec la loi du 12mai2010(3), a changé la donne. En effet, la pratique du jeu d’argent sur internet entraîne des conduites addictives beaucoup plus importantes. Avec des jeux disponibles jour et nuit, chez soi et sans regard extérieur, le joueur peut s’adonner à sa passion sans limites. Sur le web, le rythme s’accélère, les mises d’argent sont plus importantes car dématérialisées. Le joueur peut également consommer plus facilement d’autres drogues.


« Nous sommes passés des jeux de rêve aux jeux de sensations », affirme Marc Valleur. Les gens qui jouent au loto rêvent de gagner le gros lot, mais ne sont pas dépendants. Les jeux vidéo seraient aussi peu addictogènes. Pour lui, ce qui distingue les jeux de hasard du jeu vidéo sont les mises. La notion de risque est au cœur de la problématique des joueurs. « Ce qui est accrocheur, c’est l’adrénaline », indique-t-il. Mais la réalité rattrape le joueur lorsqu’il a misé sur le mauvais cheval… Il joue alors pour se refaire. Pris dans un cercle vicieux, il s’endette, emprunte de l’argent à son entourage, invente des mensonges. Finalement, il se retrouve surendetté, déprimé et isolé.


Une addiction 
comme une autre ?


Les mécanismes neurobiologiques à l’origine de la dépendance aux jeux de hasard seraient assez proches de ceux d’autres addictions, comme l’alcoolisme ou la toxicomanie. En cause, le système de récompense, ou « voie dopaminergique ». La libération de dopamine correspond à un sentiment de plaisir intense, ressenti lors du gain. Le joueur va chercher à reproduire cette sensation.


Une des particularités des joueurs excessifs est la présence de croyances erronées, ou de « biais cognitifs ». Ce sont des erreurs de jugement niant l’évidence des probabilités objectives d’un gain.


Ces croyances concernent particulièrement les parieurs sportifs. Le joueur pense pouvoir contrôler les résultats et être en mesure de prédire le cheval ou le club sportif gagnant. Les gains sont donc attribués à son expertise. Or, contrairement à ce qu’il pense, une meilleure connaissance ne va pas augmenter son gain.


Selon Marie Grall-Bronnec, psychiatre au service d’addictologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, des études ayant comparé les gains de connaisseurs et de joueurs qui misent au hasard dans les paris sportifs ont montré des bénéfices équivalents dans les deux groupes. Les premiers présentent davantage de petits gains réguliers, alors que les seconds se distinguent par des gros gains occasionnels. Si le joueur a tendance à s’attribuer le mérite des réussites, les pertes, elles, seront associées à des aspects extérieurs, comme la tricherie ou le jeu truqué. Cette logique de pensée justifie l’échec. Le temps passé à jouer, mais aussi à élaborer des stratégies pour trouver de l’argent, sont parmi les facteurs qui distinguent le joueur à problème du joueur occasionnel. En se fondant sur une étude menée par Alex Blaszczynski et Lia Nower(4), la psychiatre distingue trois types d’adeptes du jeu. Les premiers sont les joueurs au « comportement conditionné ». Ils jouent parce qu’ils pensent être en mesure de trouver la bonne tactique et sont persuadés d’avoir une maîtrise sur le jeu.


Puis viennent les joueurs dits « vulnérables ». Ce sont des personnes fragiles, anxieuses ou dépressives, ayant une faible estime de soi. Par le jeu, elles cherchent à fuir des difficultés liées à des traumatismes. Le jeu est alors une tentative désespérée de soulager leur mal-être. Enfin, certains sont des « antisociaux impulsifs ». Ils se caractérisent par une hyperactivité, des comportements délictuels.


Soigner la dépendance


Pour Marie Grall-Bronnec, les soins proposés aux joueurs dépendent de leur profil. Pour les joueurs « conditionnés », une thérapie cognitivo-comportementale cherchant à corriger les biais cognitifs est la mieux indiquée. «  Nous aidons le joueur à identifier les distorsions cognitives et à les corriger, explique la psychiatre. Le thérapeute relève les fausses croyances du sujet. » Ce travail nécessite une forte implication des patients, mais aurait montré des résultats satisfaisants.


Pour les joueurs « vulnérables », il faudra prendre en compte les troubles annexes. Des antidépresseurs ou des anxiolytiques sont parfois proposés en plus d’une psychothérapie. Enfin, les joueurs « antisociaux impulsifs » apparaissent à première vue comme les plus résistants aux soins.


Pour décrocher du jeu, l’abstinence est la règle d’or. Mais comme pour les toxicomanies, des pratiques de substitution existent. Passer des paris hippiques à la loterie, ou tout simplement limiter les mises, peuvent déjà être des étapes pour retrouver une forme de maîtrise. Enfin, les services de soins orientent souvent le joueur vers les intervenants sociaux. Ceux-ci peuvent par exemple l’aider à constituer un dossier de surendettement.


En ce qui concerne Vincent, après quatre ans de galère et plus de 60000euros perdus, il a aujourd’hui totalement arrêté de jouer. Il dit ne plus en ressentir le besoin grâce à une thérapie entreprise au Centre d’addictologie de l’hôpital Saint-Jacques, à Nantes: « Je me suis rendu compte que le sentiment de maîtrise dans le jeu était un leurre. J’ai compris que les grands gagnants de ce business étaient les bookmakers et l’État. »


Les grands perdants sont donc les joueurs. Argent, famille, amis, travail… Si certains cumulent les pertes, d’autres arrivent à limiter les dégâts et à rebondir.•

 

Pour aller plus loin...

Marc Valleur « Définir l’addiction : question épistémologique, conséquences politiques », publications de l’hôpital Marmottan, consultable sur http://www.hopital-marmottan.fr/wordpress


Numéro spécial jeux, SWAPS, Santé, réduction des risques et usages de drogues, n° 65, 4etrimestre 2011.


Centre de Référence sur le jeu excessif : www.crje.fr


Simona Burlacu, Lucia Romo, Céline Lucas et Cindy Legauffre, « La motivation pour les jeux de hasard et d’argent dans un groupe de joueurs français », Annales médico-psychologiques, vol. 171, n°6, juillet 2013.

 

(NDLR) Centre d'Addictologie de l'Hopital Paul Brousse : http://hopital-paul-brousse.aphp.fr/loffre-de-soins-de-paul-brousse/addictologie-2/

NOTES

1. Voir le dossier « Addictions : peut-on vivre sans ? », Le Cercle Psy n°8, mars-avril-mai 2013.
2. Voir Marc Valleur et Christian Bucher, Le Jeu pathologique, Puf, 1997. 

3. La loi relative à l’ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne a mis fin au monopole du PMU, de la Française des jeux et des casinos sur les paris hippiques et sportifs et le poker.
4. Alex Blaszczynski et Lia Nower, « A pathways model of problem and pathological gambling », Addiction, 97, 5, 2002.
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Commenter cet article

david@mod mécaniques 19/11/2014 17:06

Bonjour, moi je sais en tous cas qu'il y a une addiction dont je me suis débarassé et c'est la cigarette merci la vape.
Cordialement
Davide