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Publié par CALISTO

Symposium 2010

Domaine de Saint Jean de Chépy

 

 A l'occasion du « Symposium 2010 » organisé au Domaine de Saint Jean de Chépy, sept artistes ont été conviés en résidence afin d'offrir aux lieux, des paysages polymorphes et sculpturaux. Invitée à la découverte de ces oeuvres « in situ », j'eus la chance de partager des moments privilégiés avec les artistes en pleine créativité. De ces rencontres a surgi l'idée d'une retranscription textuelle, témoignant du travail et des préoccupations de chacun :

 

 A la rencontre de Raymond Jaquier

 

http://www.le-blog-du-domaine.fr/index.php?2010/07/06/59-symposium-de-sculptures

 

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  • Pourriez-vous me décrire l'œuvre actuellement en création au Domaine de Saint-Jean de Chépy, dans son double point de vue : matériel et symbolique?

 Ce Symposium 2010 est l’occasion pour moi de sculpter un bloc de pierre extrait des carrières de marbre de Savoie, seul endroit désormais où l’on trouve encore ce type de minéral aux couleurs gris-bleuté. Cette roche aux aspérités et reflets multiples me permet de jouer avec les éléments (l’eau, l’air) et d’inscrire mon œuvre au cœur d’une symbolique des songes, à la manière de Gaston Bachelard. Mon art se veut en quête de simplicité, je veux  me préserver du décoratif. La simplicité voire la sobriété me permettent de conserver la force immanente du rocher. Les parties minérales brutes, laissées çà et là autour des motifs sculptés, me permettent de rappeler la valeur intrinsèque de la matière tout en valorisant le travail d’incision effectué au cœur du bloc. Les trois griffures parcourant la pierre évoquent tant l’usure provoquée par les éléments naturels (tels que l’eau ou le vent) que l’érosion survenant au fil du temps. Par ailleurs, la fluidité des formes confère au minéral un caractère sensuel. Les sillons ondulants sur le marbre blanc ne sont pas sans rappeler certaines empreintes d’ongles sur la peau…

 

 

  • Vous situez-vous dans une mouvance artistique particulière? Quel lien existe-t-il entre votre œuvre et la théorie du Land Art?

 Je ne m’inscris pas dans la mouvance du Land Art à proprement parler. Je créé des sculptures paysagères, lesquelles sont exposées ensuite dans un cadre naturel (cf. La Norma, Chartreuse, etc.) Actuellement, je m’inspire des thèmes de l’eau et de l’air pour tenter de comprendre l'usure de la pierre, effleurée autant qu’exposée à la force érosive de ces éléments. J’aime être rigoureux dans mon travail, je désire aller jusqu’au bout des choses de façon à exprimer les meilleures facettes (au sens propre comme au sens symbolique) du matériau.

 

 

  • Quel est le moteur de votre inspiration? Revendiquez-vous des maîtres ou références esthétiques en particulier ?

 Je pense qu’une concordance existe entre les arts. Le travail d’un écrivain peut s’apparenter à celui d’un sculpteur par exemple. L’artiste ou l’auteur part d’une idée brute, laquelle doit être peu à peu travaillée, modelée, affinée en fonction du message que ce dernier souhaite véhiculer. Le travail de la pierre s’apparente au travail de la langue. Il requiert de l’exigence technique autant qu’une certaine souplesse conceptuelle. Construction et déconstruction sont intimement liées, elles participent de l’avancée artistique. En sculptant ma pierre, j’érige un univers à partir de la transformation d’un autre. J-P Chambon qui est dans le même temps écrivain et sculpteur a composé de très belles phrases sur les enjeux de la matière ainsi que la naissance des formes. Il y a dans le travail du sculpteur comme une évidence alchimique des éléments. Mon inspiration naît du plaisir des formes à penser, à modeler et non d’une revendication issue d’une tradition culturelle.

 

 

          Que vous inspire ce moment de résidence au Domaine de Saint-Jean de Chépy? Que pensez-vous des  échanges techniques et esthétiques au contact des autres artistes?

 

J’ai rencontré Henri Martinenghi voilà cinq-six ans. De cette rencontre est née tout d’abord l’idée d’exposer des sculptures temporaires. Puis au fil du temps, la volonté de créer une résidence d’artistes s’est imposée afin que chacun puisse ériger une œuvre directement « in situ ». En ce qui me concerne, j’apprécie particulièrement ces instants propices aux rencontres et aux échanges riches de sens. La résidence d’artistes est un moment privilégié dans la vie d’un sculpteur. Elle lui offre la possibilité, le temps de quelques jours, de rentrer dans un « tout est possible » qui va dans le sens de la création. Elle permet à chacun de s’essayer à de nouvelles techniques. Ainsi, les jeunes artistes de la galerie Spacejunk trouvent ici l’opportunité de se lancer dans une démarche créatrice différente de celle qu’ils entretiennent habituellement. De plus, la résidence d’artiste suscite une certaine prise de risque et d’ingéniosité de par sa propension à la liberté artistique totale. Grâce à ce Symposium, les artistes peuvent sortir du cadre traditionnel fondé sur les lois d’un système marchand, conventionnel sur lequel repose notre société de consommation. L’art qui émane du domaine de Saint Jean de Chépy s’émancipe des compromissions, il s’alimente de l’énergie collective et permet aux artistes de côtoyer l’audace tout en sondant les mystères de l’imaginaire et de la création.

 

 

           Si un mot ou une expression pouvait caractériser l'œuvre en cours, quels seraient-ils?

 

Mon œuvre se réfère aux éléments naturels, elle fait appel à l’imaginaire et emprunte subrepticement les sentiers de la sensualité. Donner un titre à une création me semble toujours un peu restrictif cependant. L’essentiel en fin de compte est de laisser la porte ouverte au hasard, au doute et à la dérision.

 

 

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