Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par CALISTO

Symposium 2010

Domaine de Saint Jean de Chépy

 

Nouveau volet de notre parcours au fil du "Chant des sculptures" du Domaine de St Jean de chépy...

Voici la retranscription de l'interview consacrée à l'artiste belge Philippe Ongena. Bonne lecture!

 

   

Philippe Ongena

 http://www.philongena.net/

 

IMG_0014.jpg

 

  •  Pourriez-vous me décrire l'œuvre actuellement en création au Domaine de Saint-Jean de Chépy, dans son double point de vue : matériel et symbolique?

Comme à mon habitude, je crée une sculpture-fontaine, à partir de ce bloc de marbre de Savoie qui m’a été offert. J'aime le rapport de la pierre et de l'eau. Malgré son immense exploitation jusqu’au cœur de nos vies, les hommes n'ont qu'une connaissance restreinte de l'eau. Nous la consommons, nous la domptons, nous la subissons mais au final, nul ne se soucie vraiment de sa potentialité ou encore les symboles qu'elle véhicule. Sans eau, nulle vie. Cette sculpture met en scène une Vénus (une « p'tite pisseuse », femelle du Manneken-Pis) accroupie en train d'uriner et dont le liquide serpente sur le marbre. Ici, je peux profiter de gravité naturelle de l’eau et d’Archimède : le canal qui alimente le domaine nourrira la fontaine. Pas de machinerie, ni de mécanisme motorisé. J'escamote toujours au maximum les côtés techniques de la création artistique au grand profit de la poésie. Je veux laisser parler l'eau, ma sculpture doit être un spectacle continu pour les sens. En ce qui concerne la Vénus, elle est volontairement et généreusement pourvue (callipyge comme Aphrodite, à poitrine généreuse) dans le souci d’exacerber au plus les symboles de fécondité et de fertilité. L'urine déversée sur le marbre devient un nectar qui fertilise l'élément minéral. Elle rappelle les cycles de l'eau et les fonctions fertilisantes d’une matrice.

 

  •  Vous situez-vous dans une mouvance artistique particulière? Quel lien existe-t-il entre votre œuvre et la théorie du Land Art?

 A l'origine je cherchais à rendre mes sculptures mobiles ou mouvantes, douées de vie. Peu à peu, sont nées « les sculptures fontaines». D'un point de vue théorique, sans toutefois appartenir au Land art, j'avoue avoir le désir de sensibiliser les gens à cette substance captivante que représente l'eau, si commune, banale, commercialisée outrageusement par notre société. Derrière mes créations, une volonté de message écologique, économique et hédoniste existe bien. J’essaie toujours d’éviter les artifices motorisés pour faire fonctionner mes fontaines, qu’elles puissent se nourrir d'elles-mêmes. L'eau apparaît de ce point de vue comme un élément magique et précieux dont il faut prendre soin. Mes fontaines ne sont autre que de petites mises en scène de notre nature essentielle : pierre eau et lumière, biens utiles à rappeler à nos esprits encombrés par nos soucis matérialistes.L'intégration de sculptures dans l’environnement participe à la justesse d’une sculpture, sans quoi l’œuvre peut perdre entièrement son rôle et ne servir à rien ! Mes études de jardinier et mon ancien métier dans la biologie me sont toujours d’une grande aide.

 

  • Quel est le moteur de votre inspiration? Revendiquez-vous des maîtres ou références esthétiques en particulier ?

L'humour et le caractère ludique des choses, incontestablement. De mes fontaines surgit de temps en temps une part de dérision issue de ma Belge nature. Je joue avec les formes et la polysémie des objets. Ma « Pt'ite pisseuse » en est un exemple type. Pour ce qui concerne mes références, je me sens proche des Arts primitifs, de par l'utilisation physique et spirituelle de la pierre. Nos origines sont inscrites dans la pierre et c'est pour cela que j'essaie de la faire parler. A travers l'élément minéral, je revisite les croyances perdues ou du moins oubliées (ce fut le cas par exemple en ce qui concerne mon travail de réhabilitation de St Greluchon). Le langage de la sculpture contraint nos perceptions à accommoder d’autres points de vue sur notre nature et son environnement.

 

IMG_0013.jpg

  • Que vous inspire ce moment de résidence au Domaine de Saint-Jean de Chépy? Que pensez-vous des échanges techniques et esthétiques engagés au contact des autres artistes?

Cette résidence d'artistes organisée par Philippe et Henri Martinenghi est une véritable surprise!

Ce symposium met en présence des artistes très différents les uns des autres et je suis content de voir que les « jeunes » de Spacejunk – peu confrontés à ce genre d'expériences sculpturales -  « mouillent leur chemise », cela me soulage. Des créations en cours se dégage une forme d’art concret qui rassure. Le travail manuel est dangereusement dévalorisé et je ne sais si la sculpture sur pierre n’est pas destinée à disparaître. En tout cas, l'accueil est excellent et les conditions de résidence optimales et chaleureuses. Elles permettent l'abandon nécessaire à la perception, à la vision créatrice. Grâce à ce Symposium, je constate une fois de plus que la pierre (et la nature en général) rassemble, voire « cimente » les amitiés.

 

 Si un mot ou une expression pouvait caractériser l'œuvre en cours, quels seraient-ils?

 « Un trait peut en cacher un autre ».

 

Trait martelé, ciselé, sculpté mais aussi trait d'humour, trait de génie, etc. Tout l'enjeu de l'art est d'éveiller notre perception, de nous apprendre à changer d'angle de vue et de mieux lire notre environnement.

 

 

Propos recueillis par Magali Croset

Saint-Jean de Chépy, août 2010

Commenter cet article