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Publié par CALISTO

DERNIERE étape de notre parcours à travers le fabuleux "chant de sculptures" Land Art, élaboré par 7 artistes invités en résidence au Domaine de St Jean de Chépy (Symposium 2010).

 

C'est un artiste doté d'une imagination géniale et déjantée que je vous propose de découvrir en guise d'ultime interview issue de ce séjour à forte valeur humaine et créative.

 

 

NICOLAS THOMAS

 

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    Pourriez-vous me décrire l'œuvre actuellement en création au Domaine de Saint-Jean de Chépy, dans son double point de vue : matériel et symbolique?

 

Dans le cadre de ce Symposium organisé par Henri et Philippe Martinenghi, j’ai voulu expérimenter une nouvelle approche artistique. Pensant aux brindilles agencées de manière aléatoire sur une de mes vestes créées dernièrement pour une marque de board-culture, j’ai souhaité reprendre ce thème en vue d’en faire une structure sphérique permettant des jeux d’ombres et de lumières. Muni de 31 barres de tubes d’acier, je les ai sciées en segments de quatre longueurs différentes. Puis, un à un, j’ai soudé ces segments entre eux jusqu’à obtenir le globe que vous voyez. A vrai dire, j’avais tout d’abord pensé à utiliser le bois en tant que matériau naturel. Ma création aurait été un clin d’œil puisque je l’aurais implantée dans un arbre de manière parasitaire, à l’image de ces boules de gui qui s’agrippent aux feuillages ça et là. Mais pour une question de pérennité et d’esthétisme, j’ai finalement préféré utiliser le fer et la technique de la soudure qui en découle. Les jeux d’ombres et de lumières n’en sont que plus intenses parmi les mailles de la sphère d’acier suspendue.

 

    Avec cette œuvre, vous situez-vous dans une mouvance artistique particulière? Quel lien existe-t-il entre votre création et la théorie du Land Art?

 

Je ne revendique aucune affiliation artistique particulière. Ma construction s’inscrit dans la nature tout en s’affichant clairement comme un élément perturbateur, déroutant de par sa structure et sa mise en scène. Pour reprendre l’image de la boule de gui, ma sphère agit comme un parasite entre les arbres, elle s’appuie sur leurs branches pour mieux s’ériger et éclore de la nature. Cependant, c’est aussi grâce à sa présence que l’on remarque le cadre environnant et la position ternaire des branches qui la soupèsent. D’une certaine manière, ma création perturbe le paysage naturel autant qu’elle le révèle. Son étrangeté agit comme un révélateur. La rotondité de la sculpture et l’espace qu’elle occupe dans les branches (volumes en 3D) provoquent la mise en évidence des contrastes de perspectives. La verticalité naturelle des arbres qui soutiennent la boule donne paradoxalement au cadre une dimension élargie. Le visiteur sera amené à élever autant qu’à élargir son regard, à considérer des formes et des perspectives qu’il n’aurait sans doute pas vu sans cet agencement. J’aime penser aussi qu’avec le temps, les choses pourront s’inverser : à leur tour, les feuillages et le gui, s’empareront peu à peu de cette sculpture comme d’un support sur lequel s’appuyer pour mieux croître. 

 

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   Quel est le moteur de votre inspiration? Revendiquez-vous des maîtres ou références esthétiques en particulier ?

 

J’ai la chance d’avoir une imagination débordante et je ne revendique aucune influence esthétique en particulier. J’aime expérimenter de nouvelles techniques autant que jouer avec des formes et des personnages sans cesse renouvelés. Cette expérience de la soudure et de l’acier m’a permis par exemple de me familiariser avec un travail manuel que je ne connaissais pas. Au-delà du caractère conceptuel de l’œuvre, il y a une technique. J’aime jouer sur les deux tableaux.

 

    Que vous inspire ce moment de résidence au Domaine de Saint-Jean de Chépy? Que pensez-vous des échanges techniques et esthétiques engagés au contact des autres artistes?

 

De la curiosité. Envers des lieux magiques et vraiment accueillants et puis envers des personnes aussi qui partagent le goût de l’art tout en étant très différentes, c’est ce qui fait l’intérêt de la rencontre. Je trouve l’idée d’Henri et Philippe Martinenghi fabuleuse. C’est vraiment généreux d’offrir de tels lieux à des créateurs en toute liberté. Le concept du Symposium me plaît beaucoup et le sens de l’accueil qui règne ici donne à cette expérience une saveur particulière. Saint Jean de Chépy me donne l’occasion de faire un travail artistique différent de celui que je fais d’ordinaire et tout ceci est vraiment stimulant. 

  

      Si un mot ou une expression pouvait caractériser l'œuvre en cours, quels seraient-ils?

 

La ruse…

 

(NDLR : Sourire de Nicolas Thomas doté d’un regard qui en dit long sur la polysémie de l’artiste et de sa création…)

 

 

Propos recueillis par Magali Croset,

Saint Jean de Chépy, août 2010

 

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