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Publié par CALISTO, écrivaine et sexologue

 

Magali Croset-Calisto vous invite à la rencontre d'un artiste contemporain à la créativité aussi originale qu'envoûtante.    

Invité comme artiste résident dans le cadre de la dynamique Foire d'art contemporain d'Abu Dhabi, Gilles Giacomotti exposera plusieurs de ses oeuvres sur le stand de la Galerie Art Hub, du 19 au 23 novembre 2013.

  

Les Palimpsestes

de l’artiste Gilles Giacomotti
 

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                                                                          « Bohème » 208  cm x 104 cm 
    
Résolument novateur et éclectique, l’art de Gilles Giacomotti défie les stéréotypes tant par le support matériel qu’il utilise que par la juxtaposition des époques et des genres qu’il convoque. Réutilisant des planches de bois grand format (généralement destinées à l’assemblage de parquets) en guise de toile à peindre, Gilles Giacomotti transpose les perspectives au moyen d’un renversement des orientations passant de l’horizontalité première du support - destinée à accueillir nos pas -  à une verticalité volontaire et esthétique - destinée à accueillir nos regards. La technique est inédite et le geste pleinement maîtrisé. L’influence des grands espaces new-yorkais (que l’on retrouve dans ses tableaux monumentaux) se mêle à la mise en scène, voire à la théâtralisation de la société contemporaine qui nous est révélée dans toutes ses splendeurs et décadences.
  pile-et-fesse.pdf.jpg                                                     « Pile & Fesse » 198  cm X 74,5 cm 

Soucieux d’offrir au regard les nuances et les aspérités de ses planches de parquet brut, le peintre teint le bois, davantage qu’il ne le peint. Le résultat est saisissant. A travers les corps, les vêtements ou les figures de femmes représentées, surgit l’âme du bois dans toute sa matérialité. La nature sert de support à la culture et l’utilisation du bois comme toile artistique a pour effet de décupler les perceptions et perspectives visuelles. Au détour d’un corps, d’un dos, d’un visage apparaissent des éléments métaphoriques et inattendus que seul le bois peut offrir et rendre sensible à travers ses veines, ses nœuds et couleurs naturelles : ici un sillon marquant une cambrure, là quelques pigments faisant office de grains de beauté, etc. 
 
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                                                                                     « Sans titre » 70 cm   x 37 cm   
Au-delà du caractère audacieux et précurseur du choix des lames de parquet en tant que support artistique, Gilles Giacomotti revendique une approche plurielle et subversive issue de de la superposition de peintures, de matières et de matériaux. Considérant les objets du quotidien (tissu, clous, vis métalliques, code-barres, papier bulle…) comme des objets nobles en eux-mêmes, l’artiste s’inscrit dans une tradition esthétique issue de l’Arte povera des années 60 : chaque objet du quotidien peut acquérir une place au panthéon des objets d’art et obtenir ainsi une forme de réhabilitation esthétique et signifiante avérée. Aussi, l’artiste ne se contente pas de teinter ses toiles en bois, il les agrémente également de diverses textures et matériaux du quotidien afin de faire de son art, entre autres, de la Haute Couture sur bois : quelques fils de laine viennent évoquer la chevelure d’un visage, d’autres incarnent la représentation picturale d’un costume, d’autres encore parcourent le dos d’une anonyme, tel un labyrinthe invitant le spectateur à suivre le fil d’Ariane…  
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« Absence » 200  cm X113 cm 
 
 
 
 

Il n’est pas rare non plus de découvrir quelques écrous, judicieusement incrustés dans le drapé d’une étoffe picturale.

Ces vis métalliques participent de l’agencement et de la tenue du corps ou du vêtement peint, tout en mettant en valeur - par effet de contraste - son aspect fluide et velouté.

 

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 « Splendeur »   208 cm x 104 cm    
   

A travers l’art de Gilles Giacomotti, les clins d’œil et les références picturales affluent. Ainsi, quelques collages et grattages directement confectionnés sur le dos d’icônes féminines invitent le spectateur à revisiter l’œuvre d’un Raymond Hains, d’un Kurt Schwitters ou encore d’un Jacques Villeglé. Par ailleurs, au-delà des objets et matières multiples venant recouvrir les planches brutes, l’esprit de la Renaissance apparait. L’artiste revendique également des thèmes résolument philosophiques et théâtraux, à l’instar de ses Vanités d’où se décèle parfois une discrète référence au Classicisme à travers la perfection des formes et l’agencement des drapés (plastique bulle et chiffons recyclés de  l’artiste).           

decadence.jpg                                                                                  « Décadence », 200 cm x 114,5 cm             

the-art-code-.jpg                                                                              « The Art Code »  208  cm X 130 cm
Sans conteste, l’approche matérielle et créative de Gilles Giacomotti relève d’une démarche artistique contemporaine avérée. A ce titre, l’approche symbolique de ses œuvres attise la curiosité autant qu’elle stimule la pensée. Que dire de ces personnages sans visage, dont les corps féminins lascifs et langoureux (le plus souvent à demi-voilés) s’offrent au regard du spectateur, dans le même temps qu’ils s’y dérobent ? De ces femmes toujours retournées dont le regard est annihilé… De ces nuques offertes dans l’attente d’une caresse (le bois inspire le toucher) ou encore de ces visages absents, portés vers un avenir-miroir que le spectateur se doit d’inventer ? 
A l’instar de sa technique mixte, Gilles Giacomotti joue sur la multiplicité des symboliques, à travers notamment la récurrence des figures féminines au dos tourné dont le visage se trouve masqué. Un effet de mise en abyme, au sens littéraire du terme, apparaît alors. Qui regarde qui ? Le regard invisible (car « retourné ») des portraits féminins invite à imaginer la vision de l’artiste. Le regard de la femme convoque le spectateur à voir à travers cette dernière, au-delà même du portrait pictural. Qui du personnage ou du créateur lui-même nous scrute à travers l’œuvre ? En regardant ces femmes de dos, le spectateur est tenté de se projeter au-delà de leurs épaules, pour appréhender ce qui se trame derrière, derrière le visage occulté. Désir de traverser la toile-miroir pour accéder aux mystères et aux origines de la Création…
Les personnages « retournés » de Gilles Giacomotti retournent aussi le spectateur. Vertige et questionnement. Les portraits présentés invitent à l’identification autant qu’à la projection. Identification à un(e) Autre à travers la projection de soi. Prendre la place du personnage (qui fait ici figure d’écran) revient à vouloir appréhender l’inconnu qui se trouve au-delà du tableau, par-delà les épaules (et le cadre) de ce personnage même. Le spectateur devient ainsi un élément essentiel de l’œuvre. 

Qui-sommes-nous.jpg 
                                                                           «Qui sommes-nous ?» 208  cm X 104 cm
Sans conteste, les peintures de Giacomotti invitent le spectateur à investir son rôle de mirant (« C’est le regardeur qui fait l’œuvre », disait déjà Marcel Duchamp). La dialectique du regarder/être regardé est à son apogée. L’artiste nous invite à « toucher des yeux » et littéralement envisager les personnages picturaux qu’il représente de dos. La présence des corps peints révèlent l’absence du regard. Révélation en contraste. La présence des corps nous saute aux yeux dans le même temps que l’absence de leur regard nous parle… Le génie de l’artiste se joue dans ce dosage de présence et d’absence. Car l’absence, paradoxalement, permet d’ouvrir le champ des possibles, de tous les regards possibles. L’art de Gilles Giacomotti relève assurément d’une spécularité propice au déploiement fantasmatique des horizons autant qu’il encourage la pratique de l’investigation. A la fois réceptacles et réflecteurs (des visions du spectateur), les portraits condensent en une image seule, l’étendue des regards possibles. C’est pourquoi, la condensation technique et symbolique des tableaux de l’artiste - à travers son usage de matériaux mixtes (parquet, écrous, tissu, papier) et sa mise en abyme des regards   (personnages/artiste/spectateur) - transcende la matière et le temps. Par l’usage de lames de bois, recouvertes de glacis à l’eau, elles-mêmes recouvertes d’objets divers, Gilles Giacomotti s’impose comme un artiste résolument moderne s’inscrivant dans l’esprit même de l’art contemporain. D’ailleurs, les créations de ce dernier ne sont pas des toiles, ce sont des PALIMPSESTES. 

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Invitant à une lecture à plusieurs niveaux (matériel et symbolique), les créations de Giacomotti offrent une profondeur visuelle inédite dotée d’une réflexion qui défie le temps. Passé/présent/futur se trouvent incarnés dans la matière même de l’œuvre autant que dans son contenu. 
                                                                                « Bubble Gum » 208 cm x 104 cm            
 

 

En effet, tels les manuscrits anciens dont on recouvrait la première écriture afin d’y inscrire d’autres textes, les palimpsestes modernes de Gilles Giacomotti laissent apparaître dans leur état final, les différentes traces des versions qui les ont constitués : derrière le tissu ou le papier bulle surgit la peinture, et derrière la peinture se décèlent les veines et les nœuds du bois initial. Chaque création représente le fruit d’un travail artistique en cascade. Voilà pourquoi nous préférons au terme peu adapté de « toile », celui de « palimpseste ». 

  
cache-cache.jpg« Cache-Cache » 208 cm x 126 cm 
Les palimpsestes de Gilles Giacomotti proviennent de destructions et de reconstructions successives, révélant sous forme de « splendeurs et décadences », une expérience magique du temps.
Elaborées à partir d’une triple approche (technique, esthétique et symbolique) alliant facture classique et ardeur de la modernité, les créations de Giacomotti articulent l’espace et le temps selon un processus d’écriture ancestrale (les palimpsestes) réactualisée au profit d’une création contemporaine tant riche de sens que d’inventivité.   
 
Ces palimpsestes, à travers l’usage initial du bois, révèlent l’originalité et l’extraordinaire maîtrise de la démarche picturale. De la présence à l’absence, il n’y a qu’un geste. Ce geste, l’artiste nous l’offre à travers la profondeur de forme et de fond de ses créations. De par cet usage artistique et moderne du palimpseste, Gilles Giacomotti s’impose dans le monde de l’art contemporain comme un artiste inédit des plus inspirés

 

Note biographique : *Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Dijon, Gilles Giacomotti est un artiste contemporain né à Genève, en 1964. S’installant aux Etats-Unis en 1994, il réalise à New-York ses premiers tableaux sur des planches de bois brut. L’engouement est immédiat, une spécialité est lancée. De retour en France, il s’installe sur les hauteurs du lac d’Annecy où il crée de nouvelles œuvres picturales mixtes. 

Calisto,
critique d'art et sexologue
Contact de l'artiste :
       
 Gilles Giacomotti         
1 , rue du Bulloz, Parc des Glaisins
74940  Annecy le Vieux France
Contact@gilles-giacomotti.com
Tel: +33(0)4 50 27 03 28 / Cell: +33(0)6 33 21 78 74

 

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