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Publié par Magali Croset-Calisto

Polyamour

Dr Philippe Brenot

http://sexologie.blog.lemonde.fr/

 

Sur les traces de Roland Barthes, Magali Croset-Calisto nous offre ses Fragments d’un discours polyamoureux en rajeunissant le discours du sémiologue. Témoignage à la fois littéraire et singulier d’un « art d’aimer alternatif » (ce sont ses mots) qui tente aujourd’hui de sonder les enjeux de l’amour durable.

Polyamour

Initié récemment en France, notamment par François Simpère qui a développé sa vision des amours plurielles dans Aimer plusieurs hommes (2002) et le Guide des amours plurielles (2009), le polyamour est une tendance à un mode relationnel non exclusif – et non obligatoire – entre deux personnes permettant la concomitance d’autres relations non exclusives.

Ce mode relationnel n’implique en rien le libertinage ou l’adultère mais il est plutôt l’affirmation ouverte d’un projet de vie impliquant une relation « vraie » à plusieurs personnes, que la nature de la relation soit réciproque ou non. « Fragments d’un discours polyamoureux souhaite questionner les possibilités d’un nouvel art d’aimer face aux problématiques de la conjugalité classique en échec. » Car il est vrai que le couple au long cours pèche par ses faiblesses, notamment au plan de l’entretien du désir. Ce sont des poncifs connus de tous temps mais oubliés dans l’illusion positive du mariage d’amour (début du XXe siècle) et de la libération sexuelle des années 1970.

« – Pensez-vous que le polyamour évite la frustration et les compromis inhérents à une relation de couple traditionnel ?

Je prends le temps de la réponse (nous dit Magali Croset-Calisto)

– Pas forcément. Il serait dangereux de le croire en tout cas. Il existe également de la frustration et des compromis à faire dans une relation polyamoureuse. Peut-être davantage même que dans une vie de couple « traditionnel »… »

Elle le précise : « Si la pluralité augmente les possibilités de bien-être, elle peut également multiplier les problèmes. »

Témoignage

Magali Croset-Calisto se positionne assez différemment des auteurs d’ouvrages sur l’amour, qu’ils soient scientifiques, penseurs ou philosophes. Ceux-ci sont des cliniciens, des théoriciens, des professionnels… mais ils n’engagent jamais l’expérience personnelle (c’est la classique distance de l’observateur, du scientifique). Magali Croset-Calisto transgresse cette règle. Elle est psychologue, addictologue et sexologue, elle s’exprime en cela dans son domaine d’expertise. Mais elle y mêle son expérience personnelle du polyamour pour témoigner de l’intérieur, ce que les milieux scientifiques s’interdisent en France alors que c’est une manière plus fréquente dans le monde anglo-saxon. En cela ce livre est roman, expérience de vie mais aussi réflexion pertinente sur l’expérience vécue pour tenter de valider l’hypothèse du polyamour. « Pour schématiser un peu, poursuit-elle, on pourrait dire que le polyamour se nourrit de ce que l’on retrouve dans les règles de l’amour filial ou de l’amitié. Vous pouvez avoir plusieurs enfants plusieurs amis et les aimer chacun dans leur spécificité sans que ceux-ci soient mis en concurrence. Le polyamour c’est comme l’amour envers ses enfants ou ses amis appliqués à ses amours, ses amants, ses aimants… »

Empêchement

Que d’obstacles sur le chemin de la liberté d’aimer et de la durabilité de l’amour. Nous le savons tous de façon individuelle. Mais avec le recul sociologique, le couple sous sa forme traditionnelle du mariage monogame à durée illimitée trouve aujourd’hui peu d’adeptes dans la mesure de l’épuisement des facteurs premiers d’attirance qui ont formé ce couple. En cela la position « témoignage » de Magali Croset-Calisto est certainement plus proche de la réalité du « polyamour » que les réflexions distanciées – souvent en forme de jugement – que l’on peut entendre, sur cette nouvelle forme de la relation.

Notre regard extérieur critique peut également souligner la position ambivalente du polyamoureux – homme ou femme et quelle qu’en soit l’orientation – qui, par cette affirmation, peut vivre sans culpabilité un multipartenariat condamné par la société traditionnelle et le couple monogame au sens strict du terme. Ses partenaires sont alors sommés de se positionner dans l’acceptation ou non du polyamour et la poursuite ou non de la relation. Certains – à mon sens peu – sont dans cette réalité, vraisemblablement difficile, du polyamour, c’est-à-dire sans trop d’attachement focal ni de réveil de la jalousie ; d’autres peuvent prendre cette position de manière utilitaire – moyen d’accès à un multipartenariat licite ; d’autres encore le vivre dans la soumission à un ordre imposé par le partenaire aimé.

Évolution

Dans le grand bouleversement qui a suivi la libération du mariage traditionnel de ses chaînes ancestrales, de multiples formes du couple sont apparues – couple cohabitant ou non, sporadique, transitoire, à durée déterminée ou non (CDI, CDD) – comme autant de solutions d’adaptation à la nouvelle situation de la fin du couple monogame fécond comme seule forme de conjugalité. Dans mon livre Inventer le couple, je répertoriais déjà en 2001 une trentaine de formes du couple. Au fil des tentatives actuelles de renouveler le mariage – forme première de l’humanité – le polyamour apparaît comme l’une des solutions à l’équation humaine si difficile à résoudre notamment depuis l’augmentation de l’espérance de vie : concilier lien charnel et attachement amoureux.

 

France Inter – La Tête au Carré

L’émission de Mathieu Vidard, la Tête au Carré sur France Inter le mercredi 29 mars de 14 à 15 h, sera consacrée au polyamour avec Magali Croset-Calisto et Philippe Brenot.

 

"Liberté, égalité, sexualité" : le Dr Philippe Brenot évoque les "Fragments d'un discours polyamoureux" de Magali Croset-Calisto
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