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Le Blog de Magali Croset-Calisto

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Ecrivaine, sexologue clinicienne et psychoaddictologue. SOS Addictions, SFSC, AIUS, Académie des Sciences sexologiques. Rédactrice au Huffington Post, L'Obs, ActivMag, Mediapart. http://www.psycho-sante74.com


PANORAMA SUISSE DES ADDICTIONS 2016

Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto sur 12 Février 2016, 17:49pm

PANORAMA SUISSE DES ADDICTIONS 2016

La Fondation Addiction Suisse est un centre de compétences national dans le domaine des addictions. Elle est active dans la recherche, conçoit des projets de pré-vention et s'engage pour une politique de santé. Le but de la fondation est de prévenir ou d'atténuer les problèmes issus de la consommation d'alcool et d'autres substances psychoactives ou liés aux jeux de hasard et à l'usage de l'internet.

 

Source: http://www.addictionsuisse.ch/actualites/communiques-de-presse/article/panorama-suisse-des-addictions-2016/?tx_ttnews[backPid]=2&cHash=b4a5571e1fd2e7057cf9a3a2e9ced3ed

 

Quelles sont les tendances actuelles de la consommation d'alcool, de tabac et de drogues illicites en Suisse? Quels sont les problèmes qui se manifestent avec les jeux d'argent? Ce dossier médias annuel répond à ces questions, présente des faits et des chiffres, tisse des liens et offre une analyse de situation complète. Il aborde des domaines spécifiques (alcool, drogues illicites, etc.) mais offre aussi une vue d'ensemble qui pose un regard critique sur le rôle de la politique.

Addictions: bien plus qu'une responsabilité individuelle

En Suisse, une personne sur quatre fume, plus d’une personne sur cinq boit de l’alcool trop souvent ou en trop grande quantité et 3 % de la population a fumé du cannabis au cours du dernier mois. Ces comportements de consommation au sein de la population générale n'ont guère évolué. La situation est différente chez les jeunes, chez qui l'on observe des tendances contrastées. Avec son Panorama des Addictions 2016, Addiction Suisse publie pour la deuxième fois une analyse des développements dans le domaine de l’alcool, du tabac, des drogues illégales, des jeux de hasard et, c’est une nouveauté, de l’usage d’internet. Chaque année, les problèmes liés aux addictions entraînent plus de 11 000 décès et des coûts de l’ordre de 10 milliards de francs, ce qui constitue un défi pour l'ensemble de notre société. La responsabilité de ces problèmes n’incombe pas seulement aux individus, mais aussi à l’Etat et à l’économie – une perspective qui ne va pourtant pas de soi, comme on peut le constater en analysant l'évolution actuelle de la politique des addictions.

Des problèmes toujours conséquents

Tabac : pas de nouveau recul du taux de fumeurs

L'objectif de continuer à réduire le taux de fumeurs n'est toujours pas atteint. Le tribut payé au tabac a même légèrement augmenté, avec 9500 décès par an, ce qui traduit avec du retard la hausse du nombre de fumeuses au cours des dernières décennies. Si la part de fumeurs est restée stable, le marché, lui, a évolué : les consommateurs achètent moins de cigarettes traditionnelles et se tournent davantage vers les cigarettes roulées à la main, la pipe à eau et la cigarette électronique ; pour cette dernière, il s’agit pour l’instant surtout de consommations expérimentales.

Alcool : des dommages qui persistent avec une répartition inégale de la consommation

La consommation annuelle d’alcool a continué à baisser légèrement, ce qui est notamment dû au recul de la consommation quotidienne de vin, et se monte désormais à 8.1 litres d’alcool pur par habitant. La consommation totale reste toutefois très iné-galement répartie : la moitié de la quantité totale d’alcool bu est consommée par un peu plus de 11 % de la population adulte. Cela se reflète dans les dommages liés à l’alcool qui sont toujours élevés : toutes les cinq à six heures, une personne meurt des suites de la consommation d’alcool. On estime que quelque 250 000 personnes sont dépendantes de l’alcool, qu’un autre demi-million souffre de l’alcoolisme d’un proche et que 100 000 enfants grandissent avec un père ou une mère alcoolique.

Drogues illégales : consommation de cannabis largement répandue et nouveaux modèles de régulation en débat

Le cannabis reste de loin la substance illégale la plus consommée, surtout chez les 15 à 34 ans : dans ce groupe d’âge, une personne sur quatorze fume du cannabis. Les bénéfices et les risques possibles d’une régulation du marché se trouvent ainsi au cœur du débat, d’autant plus que l’on dispose maintenant des premières expériences faites avec de nouvelles approches dans ce domaine dans quatre Etats américains et en Uruguay.

Jeux de hasard : une évolution incertaine avec l’élargissement prévu du marché

Un peu plus de 1 % de la population joue de façon problématique ou pathologique. Une part considérable des recettes engrangées par les opérateurs de jeux et par l’Etat vient du portemonnaie de ces joueurs excessifs. Or la nouvelle loi sur les jeux d’argent prévoit d’ouvrir ce commerce lucratif aux jeux en ligne. Sans mesures d’accompagnement appropriées pour assurer la protection des joueurs, on s’achemine vers une augmentation des problèmes liés aux jeux d’argent.

 

Des tendances opposées chez les jeunes

Baisse de la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis jusqu'à 15 ans, hausse dans la classe d'âge suivante

Chez les jeunes, l’évolution de la consommation d’alcool et de tabac montre des développements importants : la dernière enquête auprès des écolières et écoliers montre que les adolescent-e-s de 15 ans boivent moins que par le passé, alors qu’à l’inverse, l’ivresse ponctuelle est en augmentation chez les 15 à 19 ans depuis 2011. On constate un phénomène similaire pour le tabac : alors que la part de fumeurs est en baisse depuis 2002 dans le groupe des 11 à 15 ans, il semblerait que la consommation de tabac reparte à la hausse chez les 15 à 19 ans. Pour ce qui est du cannabis, on observe également un recul, quoique moins marqué, chez les jeunes de 15 ans, alors que dans le groupe des 15 à 19 ans, la tendance reste stable ou va en direction d’une légère hausse. Il est intéressant de noter que des tendances similaires se dessinent à l’étranger, notamment en France et aux Etats-Unis.

Des questions en suspens, une évolution incertaine

Les baisses de consommation chez les plus jeunes sont-elles liées à de nouveaux modèles éducatifs, à une sensibilisation croissante aux questions de santé, au succès de la prévention des addictions et de la protection de la jeunesse ou encore à un changement de comportement en matière de sorties? La question reste encore sans réponse. Selon des études récentes, il existe certains signes que la jeune génération se montre plus « casanière », ce qui réduit ou retarde le contact avec des substances psychoactives. Le rôle des nouveaux médias dans cette évolution reste peu clair. Si les jeunes ont accès au monde virtuel toujours plus tôt – plus de la moitié des 6 à 13 ans possèdent leur propre smartphone et les jeunes de 15 ans indiquent passer plus de trois heures par jour durant leur temps libre devant l’ordinateur, la télévision, le téléphone portable ou la console de jeux –, des études récentes montrent que ces activités dans l’univers virtuel n’ont pas entraîné de recul des occupations et des amitiés « réelles ».

Les addictions, un défi pour la société tout entière

Se focaliser uniquement sur les jeunes, comme la politique a trop tendance à le faire, ne suffit pourtant pas. D’une part, les adolescents s'inspirent du monde des adultes et, d’autre part, les problèmes liés aux substances psychoactives sont principalement imputables aux modes de consommation des adultes. Il faut par conséquent considérer la prévention et la politique des addictions comme une tâche qui concerne la so-ciété dans son ensemble et qui relève de la responsabilité de tous : les consommateurs, mais aussi l’Etat et l’économie.
La responsabilité individuelle est importante, mais tous ne partent pas avec les mêmes chances
L’initiative parlementaire « Coma éthylique. Aux personnes en cause de payer les frais des séjours hospitaliers et en cellule de dégrisement », que le Conseil national a heureusement classée l’an dernier, est révélatrice de l’esprit qui prévaut actuellement dans le domaine de la politique de santé. Non seulement ce texte remettait en cause le principe de solidarité mais il pointait du doigt une fois de plus les jeunes, alors qu’ils ne constituent qu’une minorité (moins de 10 %) des personnes hospitalisées pour intoxications alcoolique. Les partisans de l’initiative ont beaucoup parlé de responsabilité individuelle, un argument de plus en plus populaire non seulement dans les cercles proches de l’industrie, mais aussi dans les milieux de la politique de santé – et qui néglige la responsabilité de la société et des politiques face à un marché de plus en plus dérégulé.
En Suisse, environ 100 000 enfants grandissent avec un parent alcoolique. Ces enfants ont un risque jusqu’à six fois plus élevé de développer eux-mêmes une dépendance durant leur vie. Ils ne peuvent pas non plus choisir s’ils veulent ou non être confronté à un problème de dépendance. C'est donc à la société de mettre en place les conditions nécessaires pour que les enfants aient la possibilité de se développer sainement et de devenir des citoyens responsables. Pourtant, bien souvent, l'argument de la responsabilité individuelle est invoqué par les milieux politiques pour bloquer les investissements qui servent à promouvoir la santé. On ne peut pourtant décemment demander aux autres de se montrer responsables si on n'assume pas sa propre responsabilité vis-à-vis des mineurs et des groupes les plus vulnérables.

Ne pas confondre liberté personnelle et liberté du marché

Argumenter que les mesures de régulation portent atteinte à la responsabilité indivi-duelle et à la liberté personnelle est un raisonnement un peu court : il ne s’agit pas d’interdire la consommation de substances psychoactives ou de stigmatiser les consommateurs, mais de mettre en place un environnement qui favorise les compétences en matière de santé et non la consommation. C'est normal avec des biens de consommation qui, parce qu'ils tuent chaque année plus de 10 000 personnes et entraînent des coûts de quelque 10 milliards de francs, ne sont à l'évidence pas des biens de consommation ordinaires.
Des enquêtes récentes montrent que la majorité de la population serait favorable à une interdiction de la publicité pour le tabac et à des mesures pour lutter contre l’alcool bon marché. Ces mesures passeraient quasiment inaperçues pour la plupart des gens, tout en permettant de protéger les jeunes et les personnes qui ont une consommation problématique. N’est-ce pas contradictoire de vouloir convaincre les jeunes des risques du tabagisme alors que, dans le même temps, la publicité pour les produits du tabac dans les lieux qu’ils fréquentent le plus, comme les festivals et les médias sociaux, les incite à penser que fumer est cool et synonyme de liberté ? La nouvelle loi sur les produits du tabac, qui sera examinée cette année, offre l’occasion d’éliminer ce genre de contradictions. Le Parlement aura également la possibilité, dans le cadre de la réglementation sur les jeux de hasard, de restaurer l’équilibre entre les intérêts de la politique de santé et ceux de l’économie, en réintégrant dans la loi le renforcement de la protection des joueurs initialement prévue.

Parallèlement aux débats en cours sur les révisions de lois dans le secteur des substances légales, on réfléchit à de nouvelles approches vis-à-vis du cannabis, avant tout à l’échelon des cantons et des villes. Il est important de ne pas considérer isolément les développements dans le domaine des drogues légales et illégales : les expériences faites avec la dérégulation du marché de l’alcool et des produits du tabac nous enseignent que, pour le cannabis, un modèle axé essentiellement sur le profit, comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis, ne serait guère dans l’intérêt de la prévention des addictions. Mais il faut aussi rappeler les incohérences de la politique des addictions où l'on peut promouvoir par le biais de la publicité un produit comme le tabac, qui tue une personne par heure, alors que la simple consommation de drogues illégales constitue elle un délit. On doit donc espérer que cette politique sorte des débats idéologiques pour s'appuyer sur des analyses factuelles des expériences faites à ce jour. Le présent Panorama des Addictions entend y contribuer.

Contact:
Corine Kibora
Porte-parole
ckibora@addictionsuisse.ch
Tél. 021 321 29 75

Le dossier médias comprend le communiqué ci-dessous ainsi que cinq analyses approfondies avec des données actuelles dans les domaines de l’alcool, du tabac, du jeu, de l'usage d'internet et des drogues illégales.

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