Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure

"Vertiges de l'amour", rubrique Sexo by Calisto, ACTIVMAG, janvier-février 2016.

 

Rubrique « Sexo by Calisto », page 38.

ACTIVMag, janvier-février 2016.

 

 

Vertiges de l’amour

 

Les arcanes de l’amour et du désir demeurent l’un des plus grands mystères de la sexualité humaine. Tantôt capricieuse, tantôt harmonieuse, l’articulation amour/désir ne coule pas de source pour la majorité des couples. Essayons d’en comprendre les raisons.

 

Par Magali Croset-Calisto, sexologue clinicienne

 

Nombreux sont les couples qui après plusieurs années déclarent s’aimer toujours aussi profondément sans réussir toutefois à se désirer encore intensément. Harassés par le stress au travail, la routine du quotidien, par les enfants en bas âge… les couples qui décident de venir en consultation déclarent facilement ne plus avoir le temps, ni l’envie de faire l’amour. Est-il possible de rallumer la flamme du désir après des années de vie commune ? Une vraie question.

 

Hymne à l’amour

Avant tout chose, il faut savoir qu’en général, amour et désir ne font pas (longtemps) bon ménage. Le fait s’explique par les finalités antithétiques de ces deux états que sont « aimer » et « désirer ». En effet, l’amour (non dysfonctionnel) se nourrit de confiance, de sécurité et de bien-être. Il permet à l’être humain de tisser des liens, de combler ou réparer parfois les blessures de l’attachement vécues durant l’enfance, il rassure et réconforte. En cela, l’amour dans un couple a des fonctions apaisantes et des vertus quasi anxiolytiques. Chacun pense connaître l’autre et se reconnaître dans l’autre. Les cœurs s’ouvrent et s’épanouissent grâce aux partages et aux projections communes. Un lâcher-prise est possible au nom d’une communion, d’une harmonie de vie à deux. C’est fabuleux.

 

Les ailes du désir

Tout au contraire, le désir se déploie dans la dynamique du doute, de la surprise et de l’insécurité. Il se nourrit du mystère de l’autre et de tout ce qui lui échappe. Il se ravive lorsque la distance apparaît et il s’enflamme particulièrement lors d’occasions inattendues voire transgressives. Aussi, le désir nécessite une tension pour se mettre en action. C’est pourquoi, aimer n’est pas désirer et désirer n’est pas aimer. Dichotomie bien souvent difficile à articuler et à admettre au sein d’un couple qui souhaite durer.

 

Je t’aime, moi non plus

Comment maintenir alors la flamme impétueuse du désir tout en savourant les douceurs de l’amour rasséréné ? Comment faire cohabiter entre deux êtres la tendresse et la sensualité ? Telle est le constat que Freud établit dès 1912 déjà à propos des hommes qui ne peuvent résoudre cette dualité et demeurent finalement clivés : « Là, où ils aiment, ils ne désirent pas et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer »*. De nos jours, il est possible d’en dire autant des femmes : un mari trop doux, un amoureux trop attentif, un amant pas assez « fou fou » et c’est la baisse de libido assurée. Car si l’amour est bien là, le sexe n’y est plus. Que faire ?

 

Confidences pour confidences

La première question à se poser pour un couple qui souhaite durer est de savoir quelle sexualité chacun des deux partenaires souhaite développer. Si le peu de désir est réciproque, l’amour tendre prendra le pas sur le désir sensuel. Le temps, le travail, les enfants, la vieillesse sauront alors justifier l’éloignement physique. Si les partenaires ne sont pas en phase avec leur désir respectif, en passer par un spécialiste pour trouver le bon compromis pourra assurément les aider. Si le couple partage les mêmes visées érotiques et souhaite de nouveau les actualiser, il leur sera conseillé (comme aux couples précédents d’ailleurs) d’en passer par un décalage du quotidien. Briser les automatismes, oser les originalités pour chercher à réérotiser une relation tombée dans le confort et la facilité. Mais je reviendrai sur ce point lors d'une prochaine chronique. Une piste tout de même : il en va de la capacité à jouer. La faculté de jeu entre adultes (comme chacun en avait le secret étant enfant), voilà la clé de la réactivation des fantaisies érotiques érodées…

Pour l’heure, je vous souhaite à tous une année pleine de volupté(s).

Et comme vous l’aurez certainement deviné : 2016 sera irrésistiblement ludique, ou ne sera pas.

 

Sexologiquement vôtre.

Magali Croset-Calisto

 

 

* « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse »(1912), in Psychologie de la vie amoureuse, in La vie sexuelle, Paris : Puf, 1999

 

Info plus :

E. Pérel, L’intelligence érotique, Robert Laffont, 2007.

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article