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Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure

Théorie érotique des cordes...

 

 

Rubrique « Sexo by Calisto », page 16.

ACTIVES Magazine, novembre 2015.

 

Le Bondage :

une théorie érotique des cordes…

Subversive et confinée, la pratique du bondage appartenait jusqu’alors aux sphères privées et clubs BDSM* spécialisés. Mais depuis une dizaine d’années force est de constater qu’un essor considérable des pratiques « grand public » s’est affirmé. Mais le bondage, c’est quoi au juste ?

Par Magali Croset-Calisto, sexologue clinicienne

 

Des plus grands livres érotiques aux récents films à succès, les vertus de l’attachement (cordes, menottes, corsets, etc.) ne cessent d’être vantées et de se démocratiser dans la sexualité des couples. Cours de nouages esthétiques, soirée à thème bien ficelées, cordes à « usage spécial et privé» disponibles dans tous les bons magasins de bricolage… L’art érotique des cordes fait recette un peu partout en France.

Genèse du bondage

A l’origine, le bondage est un supplice asiatique infligé aux esclaves. Il fut pratiqué au Japon dès le 15ème siècle par les tenants du pouvoir qui attachaient et comprimaient avec des cordes, le corps de leurs ennemis. Très vite, des états d’extase dus à la compression de certaines artères et au manque d’oxygène furent observés. Et peu à peu, la douleur de la torture s’est mue en une pratique sexuelle sadomasochiste très prisée ! Depuis les années 2000, la pratique du bondage a explosé en Occident. Plusieurs « écoles » viennent d’ouvrir en France pour enseigner « l’art des cordes », selon les techniques japonaises du Kinbaku ou du Shibari, deux pratiques esthétisantes du bondage.

Le protocole BDSM

Le bondage repose avant tout sur des protocoles bien précis. Il met en scène deux « joueurs » consentants : un dominant (l’attacheur) et un dominé (l’attaché). Le dominant possède l’autorité et le pouvoir d’objectiver autrui. Le dominé choisit la soumission et le lâcher prise. Mais les apparences sont parfois trompeuses… Comme l’a démontré Gilles Deleuze et avant lui le philosophe Hegel, un renversement des statuts de maître/esclave existe en filigrane. Le dominant demeure soumis au plaisir du dominé et du mot de sécurité (« safeword ») détenu par ce dernier. Le mot de sécurité est capital. Il représente le garant des limites à ne pas franchir.

La transgression du quotidien

Les adeptes du bondage possèdent en général des diplômes élevés et présentent un niveau de vie supérieur à la moyenne. Le fait d’être attaché renverserait-il les codes du quotidien ? De fait, le « dominé » n’a plus à jouer de rôle, ni à prendre de décisions. Son état de contrainte ouvre un cadre propice au lâcher prise. De la contrainte du corps nait paradoxalement la liberté de l’esprit. Du point de vue biologique, les hormones du plaisir et de l’attachement (sans jeu de mot) telles que les ocytocines, dopamines et endorphines, procurent par ailleurs une sensation de bien-être diffus, allant parfois jusqu’à provoquer un état d’extase similaire à celui de l’orgasme sexuel, appelé le « subspace ».

C’est grave Docteur… ?

Il est cependant nécessaire de rappeler que le bondage n’est pas à manier avec légèreté. Une mauvaise compression peut provoquer une perte de connaissance en quelques minutes et avoir des conséquences cérébrales et corporelles notoires. Par ailleurs j’accueille parfois en cabinet de consultations des personnes qui se questionnent sur la « normalité » de leur sexualité. C’est un fait, la pratique BDSM fait partie des curiosités et des expériences sexuelles de notre société. Toutefois, lorsque le recours au bondage devient l’unique mode de satisfaction sexuelle, lorsqu’aucune autre manière d’éprouver du plaisir ne peut être possible, l’existence d’une paraphilie** est à questionner. En ce cas, une consultation auprès d’un sexologue permettra de sonder ce qui se joue à travers cet « obscur objet du désir »…

 

* Bondage/Domination-Soumission/Sadomasochisme

** déviance, perversion.

 

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