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Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure

"Tu veux ou tu veux pas..." par Magali Croset-Calisto, Actives Magazine, octobre 2015

Rubrique « Sexo by Calisto », page 17.

ACTIVES Magazine, octobre 2015.

 

 

Tu veux ou tu veux pas… ?

Quand la pilule du désir pour les femmes fait débat.

 

Le trouble du désir hypoactif (baisse de libido) toucherait entre 10 et 40% des femmes, tous âges confondus. Au regard de ces chiffres les laboratoires pharmaceutiques travaillent d’arrache-pied depuis une dizaine d’années sur « LA » pilule miracle qui redonnerait du désir aux femmes… Cette pilule vient d’être autorisée aux Etats-Unis, sous le nom de Addyi.

 

Par Magali Croset-Calisto, Sexologue clinicienne

 

Mais qu’en est-il de l’état du désir en France ? Existe-t-il une réelle demande de nouveau traitement au sein de notre société ? Pour de nombreux spécialistes et labos pharmaceutiques, a priori oui. En cabinet de consultations, des femmes se plaignent d’une libido en berne quasi quotidiennement. La pilule « miracle » de flibansérine serait-elle la panacée féminine qui résoudrait tous les problèmes en matière d’appétences sexuelles ?

 

Le « booster de la libido », des débuts chaotiques

Août 2015, les autorités médicales américaines valident l’autorisation de mise sur le marché de ce nouveau médicament après 2 refus successifs en 2010 et 2013, pour des raisons éthiques d’une part (la surmédicalisation du sexe) et des nombreux effets secondaires d’autre part. La flibansérine agit spécifiquement sur les neurotransmetteurs (dopamine et noradrénaline) en lien direct avec le désir. En cela, c’est un « booster de libido ». De surcroît, elle fait baisser le taux de sérotonine impliquée dans plusieurs fonctions comme l’agressivité, l’angoisse, le sommeil, mais aussi la dépression. Pour l’anecdote, la découverte des effets aphrodisiaques de la flibansérine relève de ce que l’on pourrait appeler un « principe de sérendipité », c’est-à-dire d’une découverte médicale fortuite, puisque ce médicament devait être au départ un anti-dépresseur, lequel n’a pas apporté les résultats escomptés, mais a dévoilé au final bien d’autres atouts ! Tout comme le viagra d’ailleurs, qui était destiné à traiter certaines maladies cardiaques à l’origine…

 

« Viagra féminin », une appellation hasardeuse…

Toutefois, parler de « viagra feminin » pour ce nouveau médicament est un raccourci inapproprié. En effet, le viagra est essentiellement un vasodilatateur au niveau des corps caverneux chez l’homme et il permet donc de mettre en correspondance l’excitation sexuelle et sa manifestation physiologique. En revanche, la prise de flibansérine chez les femmes va venir activer les centres cérébraux du désir et provoquer une réaction chimique qui va stimuler l’excitation sexuelle.

La flibansérine agit sur les inhibitions et permet aux femmes de se relaxer plus facilement. Ce qui explique aussi le risque notoire d’effets secondaires : chute de la tension artérielle, somnolence, voire même de syncopes dans les cas les plus graves. Seul un diagnostic précis auprès d’un professionnel de santé permettra d’évaluer les risques au cas par cas.

 

Quelle échéance pour une mise sur le marché français ?

L’avenir nous le dira ! Mais un avenir proche, tout proche, semble déjà faire l’objet de nombreuses discussions... Quoi qu’il en soit, une baisse de désir peut provenir de causes multiples et variées : pour certaines ce sont les effets secondaires de leurs médicaments (antidépresseurs et pilules contraceptives par exemple), pour d’autres des causes hormonales lors de la maternité ou de la ménopause. Des causes plus psychiques peuvent également entrer en jeu : le stress, la mésentente dans le couple, la lassitude envers le partenaire, le manque d’estime de soi…

Penser qu’un médicament pourra résoudre tous les troubles du désir est donc un leurre. La pilule rose incarne une piste de traitement supplémentaire à utiliser au cas par cas, en complément de l’offre sexothérapeutique existante. Ce qui marche pour les uns ne fonctionne pas forcément pour les autres. Un sexologue saura vous conseiller.

 

 

"Tu veux ou tu veux pas..." par Magali Croset-Calisto, Actives Magazine, octobre 2015
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