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Le Blog de Magali Croset-Calisto

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Ecrivaine, sexologue clinicienne et psychoaddictologue. SOS Addictions, SFSC, AIUS, Académie des Sciences sexologiques. Rédactrice au Huffington Post, L'Obs, ActivMag, Mediapart. http://www.psycho-sante74.com


Questions et représentations TRANS : le rôle de l'Etat, de la sexologie et des médias (de France culture à François Ozon).

Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure sur 23 Novembre 2014, 15:36pm

Catégories : #Sexologie

Si les normes en matière de sexualité s'assouplissent globalement en Occident, force est de constater que de fortes résistances jaillissent depuis quelques temps au sein de notre société française. La possibilité de vivre librement son corps, ses orientations sexuelles ou encore son identité de genre attise plus que jamais la violence d'une frange conservatrice et militante. Pour lutter contre ces discriminations humaines, le 20 novembre est devenue depuis 1998, la journée internationale dédiée à la mémoire des personnes transidentitaires, victimes de la transphobie à travers le monde.

Une telle journée permet à France culture de faire le point sur le sujet. Les invités Eric Fassin et Gaël Brustier (entre autres) questionnent le rôle paradoxal de l'Etat dans le maintien des discriminations de genre : depuis 1947, la stérilisation des êtres humains est interdite en France. Or, la loi française impose encore la stérilisation des personnes Trans qui souhaiteraient changer d'identité civile suite à une opération chirurgicale... Par ailleurs, si la transidentité ne fait plus partie des maladies mentales répertoriées depuis (seulement) 2010 en France, comment se fait-il que les tribunaux français exigent encore un avis d'expertise psychiatrique concernant le "syndrôme de transsexualisme" pour un changement administratif d'identité?

Une "Transphobie d'Etat" orienterait-elle les actions des pouvoirs politiques par-delà même la loi...? La question mérite d'être posée.

 

A écouter, les matin de France culture de Marc Voinchet du vendredi 21 novembre:

 

1ère partie "l'invité des Matins" avec entre autres Gaêl Brustier, Eric Fassin : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4955168

2ème partie "Le débat des Matins" : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4955174

En matière de représentations de genre et de problématique TRANS, le monde de l'art et de la culture en général (littérature, cinéma, danse, théâtre...) représentent de véritables vecteurs d'émancipation pour une liberté d'être ou de devenir "soi" (changement de sexe et d'identité inclus). Briser peu à peu les stéréotypes n'est actuellement pas une affaire aisée. L'apprentissage de la tolérance et du respect d'autrui dans toute sa diversité doit être réamorcé. C'est pourquoi, au-delà des politiques publiques, des cours d'éducation civique et sexuelle, la sphère culturelle a un rôle à jouer dans l’articulation et la transmission de nouveaux paradigmes. De même, le discours scientifique et le corps médical (notamment sexologique) se doivent de proposer et d’accompagner de nouvelles pistes interprétatives et cliniques.

 

 

Dans son dernier film, le réalisateur François Ozon a abordé le thème de la transidentité (transvestisme/transgenre). Malgré quelques caricatures - que l'on retrouve parfois dans le quotidien transsexuel - Ozon propose avec son film Une nouvelle amie , une approche audacieuse et étudiée de son personnage transgenre (Romain Duris).

Inspiré et savoureusement subversif sous ses airs policés, François Ozon est incontestablement un réalisateur de la transgression. Par le biais de ses longs métrages, il fait bouger les normes autant qu'il questionne les clichés.

De film en film (rappelons son superbe "Jeune et jolie" http://www.magalicroset-calisto.com/article-un-film-a-la-beaute-convulsive-jeune-et-jolie-de-fran-ois-ozon-119948755.html), François Ozon fait vibrer les cordes sensibles de la société tout en distillant petit à petit des représentations nouvelles propices au respect d'autrui et à l'ouverture des mentalités en matière d'imaginaire et de sexualité.

 

 

Dans la même veine, le jeune prodige Xavier Dolan (réalisateur canadien âgé de 25 ans) avait proposé en 2012 avec son film Laurence Anyway, une imersion subtile et nuancée dans la psychologie de son personnage transgenre (incarné par l'acteur Melvil Poupaud). Brillant résultat sur la condition d'un homme qui se sent et se sait femme, et qui le devient peu à peu.

 

D'un point de vue scientifique, la psychiatre et sexologue Marie Bonierbale s'intéresse depuis plusieurs décennies à la question du transsexualisme et de son accompagnement médical (psychologique, chirurgical, endocrinal, etc.). Elle a publié de nombreux articles et mené de sérieuses études à ce propos. Extrait d'une interview publiée dans Le Quotidien du Médecin: http://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/urologie-nephrologie-andrologie/le-transsexualisme-une-seconde-naissance

 

Le transsexualisme, une seconde naissance

par Mireille Bonierbale, psychiatre-sexologue, Marseille. Présidente de l’Association Interdisciplinaire postuniversitaire de Sexologie, (AIUS) et de la Société Française d’Etudes et de Prise en Charge du Transsexualisme (SoFECT) Elle est rédactrice en chef de la revue Sexologies.

 

" Il faut accepter que certaines personnes n’aient pas d’autre solution que de pouvoir dire ce qu’elles sont et d’arriver à le vivre. La société n’a pas à se poser en censeur.

On se sent de sexe mâle ou femelle bien avant les influences culturelles. La transidentité en est la preuve. Il y a de l’inné là-dedans. Quand ce ressenti ne correspond pas à l’apparence physique, l’individu souffre. Le terme transsexuel désigne la transition d’un sexe vers un autre, mais non une sexualité. Ceci dit, de la même manière que dans la population courante il y a des homosexuel(le)s et des hétérosexuel(le)s, il peut y avoir des transsexuels femmes vers hommes – qui se vivent comme des hommes – qui soit aiment les femmes, soit aiment les hommes.

Un homme qui se transforme en femme se vit comme une femme et peut tomber amoureux d’un homme ; un couple apparemment hétérosexuel va alors se former. Mais avant d’être une femme, il était biologiquement et physiquement un homme ; on peut donc dire qu’il s’agit d’un couple homosexuel. Mais un homme qui se transforme en femme peut aussi aimer les femmes. Il va construire visuellement un couple lesbien alors qu’au fond on peut parler d’un couple hétérosexuel.

Il faut peser ses mots avant de catégoriser. « Tout dépend du côté où on se place pour nommer les choses, déclare le Dr Mireille Bonierbale. Quelle que soit l’identité sexuelle, l’orientation est variable comme dans la population courante ».

 

Un travail pluridisciplinaire

Il existe des équipes référentes pluridisciplinaires avec psychiatre, endocrinologue, chirurgien et psychologue, qui accueillent les personnes qui pensent être du sexe différent de leur corps et qui en souffrent*. La mission d’une telle équipe est d’éliminer des facteurs psychiatriques ou environnementaux qui pourraient expliquer ce ressenti et, devant une grande souffrance et la volonté d’un individu, d’accompagner la personne sur le chemin de la transformation afin de la mettre en conformité hormonale et chirurgicale avec son identité ressentie.

« Si l’évaluation est bien menée, ces individus renaissent à eux-mêmes lorsque leur corps est transformé, souligne le Dr Bonierbale. L’évolution favorable de la culture actuelle est de ne pas se positionner en tant que censeur mais d’accepter que si il n’y a pas d’autre solution pour un individu donné que de pouvoir dire ce qu’il est et d’arriver à le vivre, personne n’a le droit de juger ». Mais gardons à l’esprit que le transsexualisme ne peut pas être banalisé. La démarche de prise en charge est délicate, elle est assimilable à un puzzle, qui ne veut plus rien dire dès lors qu’il manque une pièce".

 

  SOFECT

 

*Un diplôme interuniversitaire de prise en charge du transsexualisme a été créé en juin 2013.

Questions et représentations TRANS :  le rôle de l'Etat, de la sexologie et des médias (de France culture à François Ozon).

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