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Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure

L'arbre du péché de Paul Mc Carthy

 

    Voilà quelques jours que la polémique enfle au sein des médias et des tweets politiques. L’œuvre « Tree » de l’artiste Paul Mc Carthy, exposée place Vendôme dans le cadre de la FIAC hors les murs, a été l’objet d’un vandalisme. Et son auteur victime de coups portés au visage.

 

Comment une œuvre dénommée « arbre » ressemblant a priori à un sapin de Noël peut-elle engendrer de telles violences dans notre société dite policée ? A moins que cette dernière ne soit plutôt polissonne et que l’objet ne corresponde pas exactement à sa dénomination… En tout état de fait, « l’Arbre » de Mc Carthy a dérangé. Dérangé certaines âmes se disant bien-pensantes qui ont fait une lecture d’emblée pornographique de l’œuvre. Mais les représentations de la pornographie répondent à des codes et des définitions bien précis en la matière. Or, pour le coup, ni le titre, ni l’objet en question ne peuvent relever d’une censure officielle. Ce qui ne fut aucunement le cas d’ailleurs puisque l’œuvre a obtenu toutes les autorisations officielles possibles (Préfecture de police, Mairie de Paris et Ministère de la Culture en lien avec le Comité Vendôme, qui regroupe les commerçants de la place) avant d’être exposée sur le parvis le plus chic de Paris.

 

 

Au moment où une pertinente exposition consacrée à Marcel Duchamp se tient dans le même temps au Centre Pompidou, le mauvais sort qui s’abat sur Mc Carthy pourrait apparaître somme toute comme le témoignage sauvage du caractère génial et subversif de son œuvre. Sans avoir signé « RMutt 2014 » sur son arbre en forme de sex-toy, il effectue un décalage de sens entre le mot représenté par le titre « Tree » et la chose représentée par son objet, un plug anal. Car il s’agit bien de cela. De l’arbre. Ou pas. D’un plug anal. Ou pas.

 

A l’instar de la « Foutain » de Duchamp ou même plus picturalement de la « Pipe » de Magritte, le spectateur va être maître en sa demeure cérébrale et avoir le choix de l’interprétation qu’il pourra faire de l’œuvre. « C’est le regardeur qui fait l’œuvre », déclarait déjà Marcel Duchamp lors d’une conférence en 1965.

 

Et comme le rappelait hier le journaliste Eric Loret dans Libération, « c’est le propre des œuvres satiriques de révéler non pas l’esprit tordu de leur créateur, mais la saleté profonde de ceux qui en sont choqués. » A bon entendeur… Malgré cela, dans le contexte français actuel, certaines personnes se définissant « bien-pensantes » se sont permis d’user de la violence et d’actes illégaux pour prouver à quel point ils étaient choqués. Donc salis eux-mêmes par l’œuvre de l’artiste. Cette œuvre tentatrice de leurs plus viles pensées…

 

Et si cet arbre, n’était-il autre au final que l’arbre du péché ? L’arbre du jardin d’Eden de la place Vendôme, vecteur de tous les dangers, de tous les vices ? Soit dit en passant, il est désormais attesté (du moins dans les médias et consultations de sexologie) que les plugs anaux ne sont plus réservés uniquement à la population gay. Utilisés dans les ménages les plus curieux ou ouverts sur la question, les sex-toys ont depuis une dizaine d’années en France, intégré les foyers hétérosexuels, plugs anaux y compris donc. Les représentations des codes homosexuels changent et la société avec. Sauf dans certains cas.

Voir l'image sur Twitter

© @Flosh sur Twitter

 

Toutefois, au-delà de l’acte de vandalisme condamnable, le paradoxe est que les saboteurs eux-mêmes, dans leur inconscience, participent finalement de l’œuvre exposée. Tels des performeurs barbares, ils sont partis à l’assaut de l’artiste autant que de son objet dérangeant (ce dernier érigé comme un phallus d’un vert extra-terrestre). Et tout ceci à quelles fins si ce n’est celles de lui mettre - excusez-moi du terme - une bonne branlée ? Les saccageurs ont attaqué non pas un arbre mais le pouvoir phallique que ce dernier représentait. Ils ont attaqué la puissance subversive de l’objet d'art en coupant les bases de l’érection (dans toutes ses acceptions) au profit d’une détumescence ravageuse, fortement relayée par les photographies.

Bref,c’est la débandade.

 

par Magali Croset-Calisto

 

 

PS : Sexologue clinicienne mais aussi critique d’art et créatrice à mes heures (sous le pseudonyme Calisto), j’ai imaginé voilà un an un manifeste de "l’Art Sexuel » afin de représenter de façon subversive l’impact des sex-toys dans notre société. Ma série « Art sexuel » a tourné uniquement dans un milieu contemporain privé et averti. L’art sexuel met en scène l’épuisement de l’imaginaire au profit d’objets venant faire « trou dans le réel », selon une formule célèbre lacanienne. Parer les sex-toys de fonctions artistiques et poétiques comme a souhaité le faire l’artiste Paul Mc Carthy renvoie indéniablement au credo des Surréalistes, lesquels par leurs pratiques subversives visaient avant tout à « transformer le monde » et à « changer la vie »…

"L'arbre du péché de Paul Mc Carthy", par  Magali Croset-Calisto
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Commenter cet article

Françoise Seylac 06/11/2014 19:22

L'artiste qui a créé cette oeuvre PLUGeste a réussi son coup. Il a su provoquer la bêtise de sombres intégristes. Le dégonflage fit un battage médiatique qui immortalisera l'artiste. C'est effectivement un concept surréaliste.

Menoud 20/10/2014 12:45

"Français,encore un effort si vous voulez être républicains." SADE