Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Ecrivaine, sexologue clinicienne et psychoaddictologue. SOS Addictions, SFSC, AIUS, Académie des Sciences sexologiques. Rédactrice au Huffington Post, L'Obs, ActivMag, Mediapart. http://www.psycho-sante74.com


Interview consacrée à mon guide "SeXo" et à mon métier de sexologue

Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteure sur 24 Septembre 2014, 21:38pm

Catégories : #Interview

SOURCE:

http://peccadilles.com/2014/09/24/quand-magali-croset-calisto-presente-son-petit-guide-sexo/

 

Quand Magali Croset-Calisto présente son petit guide seXo…

 

Kelly, rédactrice en chef de Peccadilles.com  :

"La première bonne nouvelle est arrivée quand j’ai trouvé ‘SeXo – le petit guide de sexologie et des pratiques sexuelles  d’aujourd’hui‘ dans ma boîte aux lettres début septembre (généreusement offert par les Éditions Maxima); la deuxième, quand l’auteur, Magali Croset-Calisto, a gentiment accepté (et dans un temps record!) de répondre à quelques unes de mes questions. Pourquoi ce livre et quelles sont justement les pratiques d’aujourd’hui? Voilà ce que nous explique Magali dans l’interview qui suit, avec aussi son avis sur les fameuses ‘Cinquante nuances de Grey‘ (E. L. James) et une jolie définition de son métier de sexologue."

01_Auteur

1. Comment vous est venue l’idée d’écrire le ‘Petit guide de sexologie et des pratiques sexuelles d’aujourd’hui’? Pourquoi avoir voulu publier un tel ouvrage? 

M.C.C.: Je suis partie d’un constat. La sexualité et ses représentations prennent une place de plus en plus importante dans notre société et dans les médias, mais seulement très peu d’ouvrages à prix abordable et à destination du grand public offrent dans le même temps aux lecteurs: et un lexique de la sexologie en tant que discipline scientifique, et un lexique de la sexualité et des pratiques sexuelles d’aujourd’hui (telles qu’un sexologue peut en entendre parler dans son cabinet par exemple).

Mon guide SeXo se veut donc être une invitation «agréable et utile» aux représentations de la sexualité dans notre société. Il se présente comme un miroir à trois faces exposant:

(i) le vocabulaire des sciences sexologiques («dysphorie de genre», «anéjaculation»,  «dysfonctions érectiles», «DSMV»,…);

(ii) le vocabulaire utilisé dans un cabinet de consultations en sexologie («frigidité», «impuissance», «éjaculation précoce», «perte de libido»);

(iii) le vocabulaire des médias («kinbaku», «bougies de massages», «pole dance»).

 

J’ai voulu écrire ce petit guide comme l’on ouvre une porte sur un univers plus ou moins connu, mais assurément rempli de surprises et de curiosités.

03_Pieds

2. Ce guide pratique, ou plutôt ce dictionnaire, ça sert à quoi finalement? Informer sur les pratiques sexuelles actuelles, rompre des tabous? Est-ce vraiment important de connaitre la définition de mots tels que ‘Nawashi’ ou ‘Pygophilie’ par exemple? 

M.C.C.: Assurément, ce petit guide veut informer et divertir ses lecteurs. Il a une double mission: informer sur les pratiques, les risques, les thérapies et les traitements en lien avec la sexualité mais aussi divertir les lecteurs par le biais d’un état des lieux des représentations de la sexualité dans les medias. SeXo n’est pas un dictionnaire exhaustif consacré à la sexualité. C’est un coup de projecteur sur ce qui se passe dans ce domaine, dans notre société actuelle. En cela, il comporte aussi une fonction sociologique. Par exemple, les termes liés à la pornographie ou aux pratiques SM (sado-masochistes) occupent une place conséquente dans le livre, à l’image justement de ce qui se passe dans notre société. L’utilisation précoce d’internet via les téléphones portables et la recrudescence d’une certaine littérature érotique «grand public» (comme les 50 nuances de Grey) donnent le ton à certaines pratiques sexuelles contemporaines que l’on ne peut ignorer. Quant à la variété ou curiosité des définitions engagées, je vous renverrai au philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein, lequel disait: "les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde". En la matière, je suis convaincue que plus notre vocabulaire s’avère riche de définitions, plus notre vision du monde s’ouvre et notre compréhension de la société s’affine.

3. Aujourd’hui justement, le sexe, sous toutes ses formes, paraît plutôt désacralisé.  Les plus jeunes sont très informés, très précoces aussi selon certaines études.  Est que ce ça veut dire que nous sommes aujourd’hui plus curieux, plus ouverts, plus tolérants? Comment percevez-vous/interprétez vous les pratiques actuelles? 

M.C.C.: C’est un fait, la facilité d’accès à internet et le peu de protection quant à certains contenus explicitement pornographiques ont changé la donne de l’éducation à la sexualité. Les jeunes d’aujourd’hui en savent bien plus à treize ans sur la sexualité que ceux d’il y a trente ou quarante ans au même âge. Mais ne nous y trompons pas. S’ils ont accès plus facilement aux contenus, ce n’est toujours qu’une approche de la sexualité qui est véhiculée. Car «faire du sexe» n’est pas vivre une sexualité. La sexualité est multiple et il est très important d’expliquer aux adolescents (et parfois jeunes adultes) que ce qu’ils voient sur des sites pornographiques ne correspond pas au réel. Une distinction entre fiction et réalité doit être rappelée (par les parents, médias, professionnels du monde scolaire et de la santé,…). Cependant, malgré une certaine précocité ambiante vous noterez, qu’au fil du temps, l’âge du premier rapport sexuel n’a pas ou que peu varié: toujours16 ans pour les garçons. 16/17 ans pour les filles. Et les émois amoureux se vivent toujours – fort heureusement – loin des codes et des industries pornographiques.

02_Guide

Pour aller plus loin, nous pouvons dire aussi que depuis la libération sexuelle des années soixante-dix, notre société a offert d’autres représentations et d’autres pratiques de la sexualité. Les rubriques Sexo fleurissent désormais dans les magazines et d’une manière générale, l’on parle beaucoup plus facilement et ouvertement aujourd’hui de sexualité. Toutefois la liberté des uns ravive les peurs et les angoisses des autres. L’agressivité des manifestations contre le mariage pour tous dernièrement en demeure un exemple. Rien n’est jamais acquis. La tolérance et l’ouverture sont à cultiver au jour le jour. D’autant plus en matière de sexualité où malgré les apparences, bon nombre de stéréotypes et d’inégalités demeurent encore fortement ancrées dans les mentalités.

4. Avez-vous lu la trilogie de E. L. James, les fameuses ‘Cinquante nuances de Grey?’ Si oui, vous en pensez quoi? Et pourquoi ce livre connaît-il un tel succès  selon vous? 

M.C.C.: Ce qui est intéressant avec la trilogie «50 nuances de Grey», c’est son côté universel. Si le premier livre s’est vendu dans le monde entier à des millions d’exemplaires en si peu de temps, c’est qu’il mettait le doigt sur quelque chose de communément partagé par les humains. En la matière (et malgré sa faiblesse littéraire, mais cela n’engage que moi), je pense que ce livre a su réactiver la fantasmatique des lecteurs. Notre société souffre cruellement d’un manque de désir. Un trop plein d’images sexuelles (véhiculées par la pub, internet, les médias, etc.) saturent notre esprit. Renouer avec les plaisirs de la lecture qui supposent un ralentissement, une prise de temps «pour soi» aussi, permet à l’esprit de se libérer des diktats ambiants. A travers la lecture (bien plus qu’à travers l’image), l’esprit peut à nouveau divaguer et activer les conditions de sa stimulation. Les fantasmes retrouvent une part de leur liberté. La trilogie des 50 nuances de Grey rassure le public à travers les stéréotypes occidentaux qu’elle véhicule, mais elle apporte aussi aux lecteurs la possibilité de fantasmer et de se transposer dans un monde sexuellement pimenté. Rêves et expériences troublantes dans un cadre sécurisé, voilà de quoi faire chavirer les cœurs. Ou les corps…

5. Vous êtes sexologue clinicienne à Annecy et Genève; comment définiriez vous votre métier? 

M.C.C.: Ecoute, bienveillante neutralité et accompagnement psycho-corporel en vue d’un mieux-être personnel. La sexologie est un métier passionnant qui se situe au carrefour du biologique et du psychologique. Quand une personne vient vous voir, c’est souvent pour un problème d’ordre physique au départ: dysfonction érectile, douleurs lors des rapports, perte du désir, etc. Mais très vite, d’autres dimensions apparaissent dans la discussion. Le cadre familial et relationnel, le vécu psychologique et intime, les traumatismes vécus. La sexologie est une science qui exige de prendre en compte la globalité de l’être avec toute son histoire. Mon métier au quotidien est donc d’aider les gens à dénouer les nœuds intimes qui les entravent au profit d’un bien-être intérieur, pour approcher l’épanouissement du corps et de l’esprit qu’ils souhaitent. Par ailleurs, mes engagements de recherche et d’écriture sur le thème de la sexualité, s’intéressent de près aux représentations de cette dernière dans notre société. Après m’être spécialisée dans le domaine des dépendances et avoir publié un livre consacré à l’addiction sexuelle, je travaille actuellement sur les différents typologies de couples qui existent au sein de notre société, notamment sous le prisme de l’infidélité et de l’ouverture (pour certains)  à la pratique du «polyamour». Mais il est encore trop tôt pour vous en révéler davantage!

6. Un conseil en particulier pour nos lecteurs sur le sexe en général? 

MC.C : « Connais-toi toi-même ». Le reste en découle.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents