Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Le Blog de Magali Croset-Calisto

Ecrivaine, sexologue clinicienne et psychoaddictologue. SOS Addictions, SFSC, AIUS, Académie des Sciences sexologiques. Rédactrice au Huffington Post, L'Obs, ActivMag, Mediapart. http://www.psycho-sante74.com


Masters et Johnson, chercheurs sexologiques en série

Publié par Le Blog de Magali Croset-Calisto, sexologue et auteur(e) sur 19 Août 2014, 19:14pm

Catégories : #Sexologie

Masters et Johnson, chercheurs sexologiques en série

Il n'est pas dans mon habitude de vous conseiller des séries TV. Mais en voici une qui sort du lot ! Le streaming (ou autre téléchargement/achat) vaut la peine. Voici ce qu'en dit Télérama au regard des saisons I et II.

Saison 2

Le -
Pierre Langlais - Télérama n° 3368
http://television.telerama.fr/television/masters-et-johnson-les-chercheurs-d-orgasme-de-masters-of-sex,115375.php

 

Masters et Johnson, les chercheurs d'orgasme de “Masters of sex”

Dans l'Amérique corsetée des années 1950, William Masters et Virginia Johnson jettent les bases de la sexologie moderne. Le Dr Waynberg se souvient de ces scientifiques du plaisir, dont une série retrace le combat avec humour.

Dans l'Amérique de l'après-guerre, l'obstétricien William Mas­ters et son assistante Virginia Johnson furent des pionniers de la sexologie moderne, analysant le plaisir charnel, de l'anonymat de leur cabinet à la couverture de Time, osant parler de l'orgasme féminin, secouant les croyances conservatrices de leurs con­tem­po­rains. Oubliés depuis les ­années 1980, on les redécouvre grâce à Masters of sex, série biographique et romanesque sur leur relation, qui fut aussi sentimentale. Le sexologue français Jacques Wayn­berg les côtoya, dans les années 1970, dans leur institut de Saint Louis (lire encadré ci-dessous). Il analyse leur impact sur la sexologie et l'image du sexe dans la société de l'époque, et encore aujourd'hui. 

Etes-vous surpris qu'on s'intéresse soudainement à Masters et Johnson ?
Je n'en reviens pas. Pour moi, Masters et Johnson étaient finis, leur travail enfoui sous le regain de moralisme qui frappe l'Amérique – et nos sociétés – depuis trente ans. Avec cette ­série, c'est comme si on avait remis la main sur un vieux bouquin dans le grenier d'un grand-oncle décédé. Pour les téléspectateurs, c'est une belle histoire ; pour les sexologues qui partagent leur vision, c'est bien plus…

Masters of sex est-elle fidèle à leur travail ?
Le Masters que j'ai connu était bien moins romanesque que celui de la ­série, mais la mise en scène de ses ­travaux est remarquable d'authenti­cité. Elle respecte ses idées, n'oublie pas la question de l'homosexualité, sur laquelle il a beaucoup travaillé, et raconte très bien son combat pour ­mener son étude, dans une société malade du sexe. C'est fascinant de penser que Saint Louis, cœur de l'Amérique puritaine, a été le creuset de la sexologie moderne.

La série parle de sexe de manière très scientifique…
C'était la première étape du travail de Masters et Johnson : étudier mécaniquement l'orgasme – qui reste une énigme, encore aujourd'hui. Ils ont standardisé l'observation des réactions physiques durant l'acte sexuel. En ce sens, ils n'ont rien inventé, ils ont juste clarifié les choses à l'aide de dessins, de photos ou de vidéos. Là où ils ont été visionnaires, c'est sur les thérapies pour trouver des solutions aux problèmes que leurs patients rencontraient dans leur vie sexuelle.

Quelle était leur vision de ces problèmes sexuels ?
Ils ont insisté sur l'importance du vécu, ils ont porté un regard humaniste sur le sexe, hérité de l'école de la sexologie allemande, victime des ­autodafés nazis en 1933, et exilée aux Etats-Unis. Masters poussait ses patients à réfléchir, à penser à leur communication sexuelle. C'est ainsi qu'il est passé de sa spécialité, la stérilité, à l'étude du plaisir. En considérant que l'on ne peut pas aborder les défaillances de la procréation sans parler de sexe.

La série raconte aussi la libération des femmes dans ces années-là…
Masters et Johnson y ont contribué de manière très scientifique. Leur travail anatomique donne aux femmes un droit à l'autodétermination de leur plaisir. Ils ont prouvé, en laboratoire, qu'elles pouvaient jouir seules, et ont de fait remis en question le pouvoir ­viril comme condition sine qua non du plaisir féminin – ce qui n'était pas tolérable à l'époque ! C'est une libération intimiste. La libération politique suivra.

Masters of sex peut-elle réhabiliter la vision de la sexologie de Masters et Johnson ?
C'est une bouteille à la mer, mais la période n'est pas propice. D'une part, leur approche psychiatrique du sexe est mise à mal par le lobbying de l'industrie pharmaceutique. D'autre part, nous vivons dans un monde de la performance immédiate, où les modes de communication déshumanisent nos relations aux autres. Dans un tel contexte, l'expérience de Masters et Johnson, celle de la vraie rencontre, est forcément en souffrance.

 

Éros thérapie

Le Dr Jacques Waynberg, 73 ans dont plus de quarante à analyser les mystères du sexe, est multidiplômé de la faculté de Nancy en sciences, médecine, droit et lettres. Il rejoint la fondation Masters et Johnson, à Saint Louis, en 1974. « C'était un passage obligé pour ceux qui voulaient faire de la sexologie à l'époque, se souvient-il, et nous n'étions pas nombreux en France, où l'on trouvait improbable d'étudier le sexe sur un plan médical. » Pionnier de la spécialité chez nous, il l'a enseignée à travers le monde, notamment sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé, défendant une vision psychiatrique, humaine, des problèmes sexuels, et s'opposant à la médication à outrance. Fondateur de l'Institut de sexologie, il consulte encore aujourd'hui dans son cabinet privé, à Paris. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dont Jouir, c'est aimer, publié chez Milan.

Saison 1

source Télérama : http://www.telerama.fr/series-tv/masters-of-sex-une-serie-plus-qu-excitante,102857.php

 

"Masters of sex”, une série plus qu'excitante

Une nouvelle série aux Etats-Unis | Passionnante réflexion sur la libération sexuelle, “Masters of sex” nous dit tout sur les pionniers de la recherche scientifique sur l'orgasme. Un pur plaisir.

Le -
Pierre Langlais

 Dr. William Masters (Michael Sheen) et Virginia Johnson (Lizzy...

Dr. William Masters (Michael Sheen) et Virginia Johnson (Lizzy Caplan), Masters of Sex. © Showtime

A partir de 1957, et jusque dans les années 90, William H. Masters et Virginia Johnson, collègues et, plus tard, époux, révolutionnèrent la recherche scientifique sur la sexualité. Obstétricien de renom à l’université de Saint Louis, Masters, fatigué de travailler sur comment naissent les bébés, décida, contre l’avis de ses supérieurs, de comprendre comment on fait les bébés. D’analyser le désir, le plaisir, l’orgasme, en recrutant des centaines de volontaires, prêts à jouir – seuls ou à deux – pour la science. Showtime, la chaîne de Dexter et Homeland, lançait dimanche 29 septembre Masters of sex, une série historique retraçant les travaux des deux chercheurs mais aussi leur vie privée.

Certes, le sujet est « sexy », il participe à la mode des fictions historiques qui n’est pas encore totalement essoufflée. Certes, il y a des corps nus dans Masters of sex, quelques gémissements, quelques scènes dénudées. Mais pas un instant la série ne semble opportuniste ou voyeuriste.

D’abord parce qu’elle a la finesse de raconter les balbutiements des travaux de Masters, dans ce premier épisode, avec beaucoup d’humour. Le personnage, d’emblée complexe, à la fois sombre, visiblement frustré dans sa propre vie sexuelle, maniaque, coincé, est plein d’esprit. Avec le recul, son ignorance de la sexualité, et celle de tous les hommes de la série, est parfois hilarante. Surtout quand elle se heurte à des femmes qui lentement se libèrent, à commencer par Virginia Johnson, ancienne chanteuse de cabaret, qui décide de reprendre ses études et de gagner sa vie dans l’hôpital où elle prend ses cours. Une femme qui aime le sexe, la fellation et autres plaisirs « tabous » pour l’époque…

Il y a donc dans Masters of sex de quoi rire et s’amuser pour des téléspectateurs captivés comme les personnages par tout ce que ces études « pornographiques », comme les jugent leurs détracteurs, peuvent révéler (1). Mais il y a aussi, bien entendu, une passionnante réflexion sur la libération sexuelle, à commencer par celle des femmes, encore considérées par beaucoup à l’époque comme de simples outils de reproduction, à qui il est défendu de jouir, de changer de partenaires, d’avoir un orgasme – on ne savait même pas ce qu’était cette bête, ce qui motiva en bonne partie les recherches de Masters.

A travers le sexe, c’est donc toute l’évolution de la société américaine qui est mise en scène. « Ce pourrait être la prochaine étape, après le droit de vote », explique Johnson pour convaincre une de ses amies d’être le premier cobaye de son patron.

Sobrement mise en scène, Masters of sex réussit aussi à transformer les scènes de sexe en moments touchants, drôles, parfois même émouvants, sans en perdre le potentiel excitant. Joliment écrite, un peu elliptique dans un premier épisode d’une heure qui dit énormément de choses et se projette très vite en avant, la série brille particulièrement par son casting. Michael Sheen est remarquable en William H. Masters, et livre une stupéfiante palette d’émotions, de la froideur à la tendresse, du sérieux extrême au second degré.

Face à lui, Lizzy Caplan confirme qu’elle est une des actrices américaines les plus douées de sa génération, rendant irrésistible Virginia Johnson, mère célibataire, femme indépendante mais encore maltraitée par des hommes qui voient en elle une « pute », puisqu'elle se sent libre de faire de son corps ce que bon lui semble. Attachante, étonnante, profonde et excitante, l’histoire de ces deux personnages méritait à coup sûr une série.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents